Quand on se compare…

Il arrive parfois que j’aimerais être chroniqueur au Québec. L’actualité en éducation déborde de sujets inspirants. La Commission scolaire de Laval, par exemple, a dû retirer une publicité dans laquelle elle faisait la promotion de son programme d’études professionnelles. Elle l’a retirée parce qu’elle en choquait plusieurs. On pouvait y lire: «Pas de temps à perdre! (pas de philo, pas de littérature, ni d’anglais… Bref, juste ce qui te plaît!)»

Certains n’appréciaient pas l’idée qu’on présente négativement les cours qui mettent l’accent sur la culture générale et le sens critique. Pourquoi, en effet, faut-il dénigrer des domaines pour en promouvoir d’autres?

Certaines personnes étaient dérangées par le «juste ce qui te plaît». En soi, chaque discipline a de l’intérêt.

Comme il en a été question dans la chronique de la semaine dernière, il est dans l’intérêt de la société que sa jeunesse connaisse l’histoire de son peuple et de son pays. Il est dans l’intérêt d’une société que sa jeunesse puisse réfléchir et entrer dans l’univers intérieur de la pensée humaine par le biais de la littérature. Il est aussi dans l’intérêt de la société d’avoir des plombiers et des électriciens compétents.

Sans que ce soit nécessairement une pilule difficile à avaler, l’apprentissage n’est pas toujours plaisant.

Un de mes collègues donne comme exemple à quel point ça n’est pas tout le temps agréable d’apprendre à faire du vélo. Il faut endurer l’inconfort, aime-t-il à rappeler. Il faut prendre des risques.

Penser autrement, voir les autres différemment, ce n’est pas toujours facile, mais c’est essentiel si l’on veut avancer.

En ce sens, une seconde nouvelle a secoué le monde de l’éducation au Québec. Le ministre de l’Éducation a demandé à trois hommes d’affaires de proposer des modèles d’écoles qui seraient les meilleures au monde.

Ainsi, l’athlète et conférencier Pierre Lavoie, l’architecte Pierre Thibault et le cuisinier Ricardo Larrivée auront un budget de 3 millions $ pour penser, d’ici deux ans, à une école qui proposera un environnement favorable à l’apprentissage, à l’adoption d’une meilleure alimentation et à de saines habitudes de vie.

Évidemment, la nouvelle a étonné beaucoup de professionnels de l’éducation. Comment trois personnes, qui ne proviennent pas du domaine de l’éducation, peuvent-elles proposer la meilleure école au monde mieux que ne peuvent le faire les experts du domaine?

On accuse le ministre de se lancer dans une campagne de relations publiques.

L’objectif des trois hommes, cofondateurs de l’organisme Lab-École, est cependant loin d’être farfelu. Ils veulent créer un environnement favorable à l’épanouissement personnel. Ils se sont ainsi entourés d’universitaires, d’enseignants, de directions d’écoles, de gens du milieu des affaires et d’autres professionnels.

Ces deux nouvelles me laissent toutefois perplexe. J’ai l’étrange sentiment que l’on considère encore une fois l’éducation comme quelque chose de facile. Pourtant, s’il y a bien un aspect de la vie humaine qui est complexe, c’est bien l’éducation de nos enfants.

On ne peut pas aller à tâtons en éducation. On ne devrait plus le faire. C’est sans doute parce que l’enfant possède une capacité d’adaptation incroyable qu’on est capable de couper les coins ronds et de trouver des justifications pour ne pas investir davantage. On se retrouve avec du personnel qui fait ce qu’il peut tout en sachant ce qui pourrait et devrait être fait.

Si l’on y pense bien, tout ce qu’on construit comme adulte, c’est pour les bien-être des enfants qu’on le fait. Dans cette logique, on ne peut pas lésiner sur les moyens pour arriver à cette fin.

Tant qu’à faire, aussi bien le faire correctement!