Quand privatiser, c’est se déresponsabiliser

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) lance un appel d’offres afin de créer un Groupe d’action qui aura pour objectif de répondre à des questions liées au regroupement des services d’ambulances, du programme Extra-Mural et du service Télé-Soins 811. Ces services de soins de santé ne seront plus gérés par l’État, mais par le privé dès le 1er janvier 2018.

Déjà en octobre dernier, l’Association des enseignantes et enseignants francophones du Nouveau-Brunswick (AEFNB) annonçait l’octroi d’une somme de 30 000$ en appui à l’action juridique entrepris par Égalité Santé en Français. C’est 1$ par élève francophone.

Égalité Santé en Français est une corporation à but non lucratif qui souhaite, entre autres, que cesse le regroupement de l’Extra-Mural et de Télé-Soins 811 avec le service d’ambulances. Elle a déposé une motion en ce sens le 24 novembre dernier auprès de la Cour du Banc de la Reine.

On peut comprendre alors la démarche de l’AEFNB qui désire, comme tous les citoyens, des soins de santé d’excellente qualité et la vitalité linguistique des communautés francophones de la province. Mais l’Association voit aussi plus loin en ce sens qu’elle semble voir d’un très mauvais œil la privatisation des services publics et les risques pour que les services ne soient plus offerts en français.

Le milieu scolaire travaille en étroite collaboration avec les professionnels de la santé et la prestation des services en français est vitale pour les élèves des écoles francophones. L’AEFNB est inquiète pour les droits des francophones et craint que la situation ne s’aggrave.

On peut se demander en quoi la privatisation est si dangereuse. En fait, il faut se poser la question inverse : pourquoi faut-il que l’État prenne en charge la santé et l’éducation?

Le philosophe Alain Deneault répond clairement à la question. En tant que spécialiste des questions économiques, il précise que toute société privée vise le profit. Ce profit va, selon la structure de l’entreprise, aux investisseurs, à ceux qui prennent le risque de vendre un produit ou d’offrir un service. Bien que de nombreuses entreprises aient une vision humaniste, il doit néanmoins y avoir un profit. Sinon, à quoi bon créer cette entreprise?

Dans le cas des services publics, la marge de profit, c’est la qualité du service offert à la population, surtout des minorités.

L’intérêt d’une entreprise privée ne va pas toujours complètement dans le sens de l’intérêt public. Une entreprise privée peut souhaiter réduire les coûts d’exploitation. Avec la mondialisation, on a vu plusieurs entreprises déménager leurs usines dans des pays où les salaires sont très inférieurs aux nôtres. Récemment, on a appris que de nombreuses grandes entreprises déplacent même leurs capitaux dans des paradis fiscaux. Dans l’intérêt, bien sûr, d’une logique propre au profit.

Dans le cas de la santé et de l’éducation, l’intérêt est exclusivement public. Il ne peut pas y avoir d’autres intérêts. Il est difficilement soutenable moralement de penser qu’il soit possible de faire du profit avec la maladie des citoyens. Il est tout aussi insoutenable de penser qu’il soit possible de faire du profit avec l’éducation des citoyens, surtout les plus vulnérables.

L’éducation de nos enfants, tout comme les soins de santé, est une responsabilité qui appartient à l’ensemble des citoyens. Et, en ce sens, nous élisons des représentants pour que ce soit l’intérêt général qui soit la priorité et non l’intérêt de quelques-uns.