La splendeur de la Vie

Dans quelques jours, nous entasserons nos fous rires, nos regrets, nos éblouissements de l’année 2017 dans un coffre aux souvenirs qui ira rejoindre ceux du temps passé, au grenier de la mémoire. Et nous commencerons la nouvelle année en nous la souhaitant bonne et heureuse.

Même si l’on ne pourra pas dire que 2017 fut un grand cru, on en aura quand même vu de toutes les couleurs.
Qu’en est-il planétairement de cette année 2017?

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Au Niou-Brunswick, le Gallant gouvernement a dû courir d’une crise à l’autre, comme on tombe de Charybde en Scylla, passant de la crise du verglas à la crise des évaluations foncières, pour mieux rebondir sur la crise de la privatisation du programme extra-mural. Et c’est sans compter les crises de nerfs récurrentes dans l’éternel dossier linguistique qui n’en finit plus de faire du mal à la francophonie néo-brunswickoise et, donc, de nuire à l’Acadie.

En particulier, à celle qui s’amuse à être elle-même à moitié right fière avant de disparaître en entier.

Entre-temps, les deux organismes tutélaires qui animaient depuis des lustres la vie de la communauté acadienne, la SANB et la SNA, semblent entrés dans des phases de repli, de silences, d’atonie sociopolitique qui augurent mal pour leur devenir. Il faut peut-être y voir un signe des temps: structurellement mieux outillée à tous points de vue, l’Acadie est peut-être plus en mesure qu’elle ne l’a jamais été de faire entendre autrement ses doléances et ses revendications.

Quoi qu’il en soit, la communauté acadienne est forte. Elle en a vu d’autres. Ses déboires, elle sait les retourner sur la doublure pour en faire des succès. Et pour peu qu’elle sache élire des députés et des chefs de file qui préfèrent grimper aux rideaux plutôt que de se cacher dans les fleurs de la tapisserie, elle saura toujours tirer son épingle du jeu.

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Au Canada, on a pu admirer le gouvernement du premier ministre Trudeau à l’œuvre. Ayant promis mer et monde à tout un chacun pendant les élections fédérales de 2015, il était à prévoir que l’épaisse poudre de perlimpinpin qui recouvrait son gouvernement finisse par s’évaporer…

Comme de fait, on s’est retrouvé, entre autres, avec un ministre des Finances englué dans des fils d’araignée éthiques, une ministre de la Culture férue de phrases vides de sens, et un premier ministre multipliant les excuses publiques, dans un ruisseau de larmes médiatiques, pour mieux s’affranchir en notre nom de l’histoire bien réelle d’un pays virtuel!

Mais, au moins, à partir du mois de juillet le peuple pourra enfin fantasmer sur un monde meilleur en fumant du bon stock sous le regard bienveillant d’un État-Nirvana empochant les taxes afférentes et, possiblement, les votes adhérents. Ce qui, on en conviendra, est aux antipodes des descriptions glauques et sordides du milieu cannabistique tant décrié depuis toujours dans la lutte contre les méchants revendeurs de pot hors-la-loi peu portés, eux, il faut le dire, sur la collecte des taxes à la consommation.

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Aux États-Unis, l’arrivée à la Maison-Blanche du Bonhomme Sept-Heures a causé et cause encore des maux de tête à toute personne de bonne volonté. Mythomane impénitent, il caracole à la Une des médias de la planète en prônant une idéologie isolationniste qui vient en porte-à-faux avec l’omniprésence américaine dans les affaires du monde.

Certes, cette omniprésence a souvent été décriée, et souvent qualifiée d’impérialisme, mais il n’en demeure pas moins que les États-Unis, de par leur puissance financière et diplomatique, jouent un rôle de premier plan dans les grandes institutions internationales (telles que l’ONU, l’OTAN, l’UNESCO), et sont (étaient?) un partenaire essentiel de traités liés à l’environnement, à l’immigration, au commerce, à l’éradication de la pauvreté et à la paix.

Normal, alors, quand leur président lance urbi et orbi des outrances quotidiennes, ou provoque inutilement l’énergumène de la Corée du Nord, ou décide de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, que toute la planète soit aux abois et que monte une clameur onusienne rarement aussi virulente et majoritaire à l’encontre des États-Unis.

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De jour en jour, de saison en saison, on a vu défiler sur nos écrans d’insoutenables images de la guerre en Syrie; des images bouleversantes de réfugiés rohingyas de la Birmanie; d’horribles images d’attentats terroristes dans plusieurs pays; des images apocalyptiques de déluges, de feux, d’ouragans mettant à mal un environnement planétaire déjà catastrophé; et à l’occasion, des images plus festives d’une reine Élizabeth qui n’en finit plus d’accumuler les records de majesté.

On a vu défiler des victimes de toutes natures: migrants et réfugiés estropiés de la vie; femmes et hommes blessés, abusés ou exploités sexuellement; des vétérans mutilés ou traumatisés acclamés comme des héros le jour du Souvenir, mais trop souvent oubliés le reste de l’année; des enfants et des enfants et encore des enfants qui crèvent de faim, de maladies, qui crèvent autant de notre insouciance que de leur indigence.

On a vu défiler nos personnalités politiques, nos vedettes populaires, celles d’hier et d’aujourd’hui, nos journalistes aguerris ou apprentis, nos chefs de file en déroute ou en pleine ascension. Des proches nous ont quittés, des petits anges nous ont été envoyés.

Des grands noms ont disparu, tandis que de nouvelles figures faisaient leur apparition. Ainsi va la vie, Tout va, tout vient.

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Chaque année, le même rituel s’installe. Parfois, je ressens viscéralement ce mouvement du temps, et je ressens dans mes tripes ce mouvement comme un nœud de Moebius qui s’entortille à l’infini à la Vie, et qui devient la Vie, cette éblouissante manifestation d’une Création qui n’aura jamais fini de bouleverser ses créatures.

La vie est un vertige en forme d’espérance qui nous mène à la splendeur de l’éternité. Mais avant celle de l’éternité, je nous souhaite, pour la nouvelle année, de goûter la splendeur de la Vie!

Bonne et Heureuse Année!