Naissances

Serge ComeauChroniques

Entre Noël et le nouvel an, le temps est aux réjouissances. Mais aussi aux réflexions sur ce que nous sommes et où nous voulons aller.

Malgré tout ce qu’on peut voir et entendre, Noël demeure la fête d’une naissance. Pas n’importe laquelle. La naissance de l’Homme-Dieu est si unique qu’on lui a donné un nom rien que pour elle: la nativité. On ne parlera jamais du jour de notre arrivée dans le monde comme une nativité! Mais pour Lui, si!

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Noël, fête d’une naissance. Une saison aussi pour célébrer toutes les naissances.

Généralement, on donne le nom de naissance à cet instant qui nous fait venir au monde au début de notre existence. Mais la réalité, c’est que la vie est une suite ininterrompue de naissances. Notre première naissance en appelle tant d’autres. Elles nous arrivent chaque jour, à toute heure, à tout instant de notre vie spirituelle et physique.

Si on cesse de naître, la vie se meurt. Se réveiller le matin, c’est naître à un jour nouveau. Guérir après une maladie devient possible grâce à la naissance de nouvelles cellules. Se relever d’une épreuve, c’est laisser éclore des potentialités (souvent insoupçonnées).

Il est possible naître à de nouvelles dimensions de l’existence à toutes les étapes de notre vie. C’est ce que Jésus a tenté de démontrer à Nicodème qui ne comprenait pas qu’un homme, alors qu’il est déjà vieux, puisse rentrer à nouveau dans le sein de sa mère pour renaître (Jn 3). Le secret d’une vie belle : voir naître en soi la sagesse, renaître à l’émerveillement, faire éclore des semences de bonté, collaborer à la renaissance d’un projet communautaire. Naître et renaître, c’est ce qui fait avancer dans une vie belle.

Pour cela, il faut consentir à laisser derrière soi une réalité connue. Sans ce consentement, le passage est difficile. Notre première naissance nous l’apprend. Comme il doit être difficile pour le fœtus de quitter la chaleur maternelle. Pourtant, sans ce déchirement originel, la vie stagne. Au moment d’un passage, chacun est tiraillé: une part de soi est tendue vers l’avant en prenant son envol alors que le cœur regarde en arrière.

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À Noël, Dieu vient au monde. Et pas dans n’importe quel monde. Celui qu’Il préfère, c’est le monde de chacun. Dieu veut voir naître son Fils en nous. C’est son rêve le plus intime. Pour l’être humain, ce rêve se transforme en désir de naître en Dieu. De retrouver avec Lui cet état qui existait avant que nous soyons ici. Parce qu’en entrant dans ce monde, nous nous sommes détachés de notre unité d’origine.

Déjà, dans la philosophie antique, on parlait de la nostalgie pour l’être humain de cette époque où il ne faisait qu’un avec l’univers. Il existe un désir de retourner à cette unité avec le tout, de retourner à la maison originelle. Platon avait l’habitude d’inviter ses étudiants à écrire la « merveilleuse histoire de leur quête et d’en trouver le sens ».

Les mystiques enseignent que la noblesse de l’âme a tout à voir avec ce fond d’origine. Ce qui compte avant tout, c’est le retour en Dieu. Il ne suffit pas d’être en relation avec Lui, mais il faut revenir à cette unité qui était avant que mon existence terrestre commence. Comprise ainsi, la création est un resplendissement de l’Un. À ce processus d’émanation correspond le retour à l’Un.

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Chaque naissance est comme un livre à ouvrir. Comme une fleur prête à éclore. Comme un champ avec un trésor caché dedans. Comme un secret qui se révèle. Comme une fête qui commence.

Joyeuses naissances… tout au long de l’année nouvelle qui va naître bientôt.