Le printemps s’en vient!

Bon, on enclenche un nouveau tour de manège dans le Temps! Vive 2018! On n’a aucune idée de ce qu’elle nous réserve, celle-là. Mais, ici du moins, elle fait une entrée boréale. Pas de quoi la rendre très sympathique de prime abord.

Je dis ça sans amertume, car on est déjà à deux pas du mois de mars, là où commence vraiment pour moi l’année nouvelle. À deux mois de mars, autant dire que l’hiver est fini et que le printemps arrive!

Certes, l’Amérique du Nord est présentement coincée dans un grand congélateur qui devrait nous faire réfléchir sur les changements climatiques, de même que sur l’achat de mitaines doublées!

Dieu merci, en ce début d’année on a d’autres chats gelés à fouetter: c’est l’heure des résolutions solennelles du Nouvel An! L’heure où l’on se promet des trucs difficiles, où l’on se lance des défis cruels, des épreuves, même. Finalement, c’est l’heure où l’on avoue publiquement ses points faibles!

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C’est pour cette raison que cette année j’ai pris la résolution de ne pas prendre de résolution: je n’ai aucun point faible! Aucun défaut à corriger, aucun stigmate à repriser, aucune erreur à réparer.

Bien sûr, je vous dis ça humblement, comme d’habitude. Plus humble que ça, je serais pape!

Ok, en cherchant beaucoup beaucoup beaucoup, je pourrais trouver quelque chose du genre «je suis un peu gras». C’est du moins ce que me répète mon chirurgien vasculaire. Mais, lui, il est gros comme une épingle à linge! Voyez, c’est de la pure jalousie!

Bon, ok, ok, y a aussi une lectrice qui trouve que des fois j’exagère. Comment!!!!!! Moi, jamais un point d’exclamation de trop, j’exagère?????? Au contraire, je suis la personne qui exagère le moins depuis Adam et Ève!!!

C’est comme la fois qu’un lecteur m’avait signalé que j’utilisais parfois de grands mots! Eh! ben, j’aurai tout entendu! C’est complètement faux! La preuve: je souffre d’hippopotomonstrosesquipédaliophobie!

Fait que, vu que je n’ai rien à me reprocher, je ne vois pas l’utilité de prendre une résolution pour corriger quoi que ce soit. Yéé.

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De toute façon, quand on est pris en défaut de quelque chose, il y a une excuse imparable: on a qu’à dire qu’on est l’exception qui confirme la règle et le tour est joué.

On apprenait ça à l’école, les exceptions qui confirment la règle. Comme les joujoux, chouchoux, poupoux, ou quelque chose du genre. C’était ce que j’aimais le mieux en français: les exceptions. Imaginez, une langue exceptionnelle! C’est merveilleux!

On apprenait, par exemple, que le mot amour est masculin au singulier et féminin au pluriel. Tout comme les mots délice et orgue.

Et que dire du mot oasis, un mot féminin qu’on rencontre souvent au masculin sans que personne ne meure de soif!

Ou encore le mot espace qui est masculin tout le temps, sauf en typographie où cette espace est féminine! Pas beau, ça?

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Oui, la langue française est transgenre! Elle affiche non seulement ses exceptions, mais également ses orientations! Que les prophètes de malheur d’une langue française où le genre neutre viendrait camoufler le masculin et le féminin aillent se rhabiller! On veut pas d’une langue qui ressemblerait à une poupée sans sexe! Ouache, on sait pas comment l’habiller!

Non, mais! On laisserait tomber tout ça pour susurrer «I wuv you» à sa blonde, dans le noir, au cinéma, croyant lui faire plaisir? Alors que les filles sont bonnes en français à l’école qu’ils ont dit à la télé, et donc qu’elles comprendraient parfaitement un gentil «je t’aime» bien français auquel elles pourraient répondre «moétou»!

Ouate de phoque, tchissé qui pourrait aller conteur ça?

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J’adresse l’issue, icitte, tusuite, vu que c’est l’opportunité pour!

Oui, à la fin de la journée, quand qu’on aura fini de marcher à travers la conversation, comme on dit en français au gouvernement du Niou-Brunswick, faudra se décider sur le sort qu’on réserve à la langue française et à ses exceptions, à ses contradictions, ses perceptions, ses fulgurances, et à ses assurances, ses résistances, ses allégresses, et ses détresses, et ses promesses!

Faudra bien, un jour de printemps peut-être, renouveler nos serments de fidélité envers une langue qui galvanise notre culture, et envers une culture qui trimballe notre identité, et envers une identité qui roule notre âme d’un bout à l’autre du temps.

L’heure n’est plus aux esquives. Même s’il semble loin le temps des manifestations de masse pour la défense du fait français; même si le temps n’est plus aux revendications pour des droits collectifs; même si le temps semble être voué à la satisfaction personnelle et à la revendication du bien-être individuel.

Bref, même si le temps est à l’indifférence publique et politique, il est toujours le temps de s’affranchir des vieilles excuses justifiant le laisser-aller et qu’on traîne comme un boulet.

Il est maintenant temps d’envisager plutôt les solutions à cette entrave à notre liberté qui asphyxie notre identité.

Fini les excuses «anglaises» à la maison, à l’école, au collège, à l’université, au gouvernement, dans les institutions, dans les médias, dans les gymnases, sur la scène ou dans la rue! Vivement les solutions!

Pour ne pas dire les «résolutions»!

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La solution, ça commence en soi, en chacun et chacune d’entre nous, là où ça chauffe quand on vit un moment de grâce, là où ça élance quand on est triste, là où ça picote quand on est en amour.

Oui, c’est dans cet esprit qu’il faut préparer notre cœur à accueillir, le 21 mars, le printemps foufou de cette kaléidoscopique aventure de la Vie. Ça commence bien: ce sera aussi la journée mondiale de la poésie!

D’ici là, tandis que certains vont pelleter de la neige et que d’autres iront attraper des coups de soleil, laissons la Vie faire son p’tit bonhomme de chemin français dans nos quotidiens.

Oui, un hiver difficile s’annonce, mais il existe pour mieux nous faire rêver! Et en français, pardi!

Rêvons, amis lecteurs zé lectrices amies, rêvons, le printemps s’en vient!

Han, Madame?