Tout ça, pour ça

Tous les ans, à la même époque, je suis attristée de voir la majorité des gens remballer Noël sitôt le 25 décembre passé. Pourquoi donc anticiper la fête dès le lendemain de l’Halloween, si c’est pour défaire l’arbre et les décorations extérieures le 26 ou, en tous les cas, dès le 1er janvier arrivé? Il y a là, à mon sens, un manque certain d’esprit de Noël, ce sentiment diffus dont on chante les vertus tout au long du mois de décembre, qu’on poursuit inlassablement avec pyjamas de saison, chocolat chaud et feu de cheminée pour l’abandonner 48 heures après l’évènement, au profit des soldes et de la routine.

Ceci dit, à Terre-Neuve, la majorité de la population – ceux de ma génération en tous cas -, fête Noël jusqu’au 6 janvier, date de l’Épiphanie ou, si vous préférez, de l’arrivée des Rois Mages à la crèche. Ici on appelle cette fête Old Christmas Day, puisqu’en effet, avant l’arrivée du père Noël au XIXe siècle (merci Coca-Cola!), on célébrait Noël en ce jour. Jusqu’au 6 janvier donc, les Mummers (des gens déguisés comme pour la mi-carême), courent de maisons en maisons pour répandre la bonne humeur et prendre un coup ou deux, les bougies restent aux fenêtres et l’arbre continue d’émerveiller petits et grands!

Chez nous, même si nous ne pratiquons plus depuis longtemps, une crèche est installée sous l’arbre. D’un côté la crèche, de l’autre, le plus loin possible, les Rois Mages avec leurs éléphants qui se dirigent lentement vers Bethléem. Lorsque les enfants étaient petits, ils prenaient soin de les faire avancer un peu tous les jours entre le 25 décembre et le 6 janvier. Aujourd’hui, mettons qu’ils font un grand saut qui les téléporte (on n’arrête pas le progrès) de leur longue route jusqu’à l’entrée de la crèche.

Samedi 6, demain donc pour vous chez lecteurs, nous nous réunirons tous en famille une dernière fois, pour manger ensemble et «tirer les rois», tradition française de la galette avec une fève qui détermine qui sera le roi ou la reine de l’évènement.

Après, et seulement après cette dernière fête, commencerons-nous à enlever les décorations, à défaire l’arbre et à emballer Jésus, Marie et Joseph. Comme nous, faites donc durer le plaisir l’an prochain.