Casse-tête politique

Les Américains sont vraiment chanceux: leur président est un génie! Et un génie «stable» en plus. Il s’est lui-même diagnostiqué cette semaine dans un de ses extravagants gazouillis. C’est donc dire que c’est vrai…

Ça porte à réfléchir. Ça tombe bien, j’ai le temps, je suis encabané jusqu’au 1er mars pour cause de froid polaire dû au réchauffement de la planète… ou quelque chose du genre. Tout cela, sur fond de guéguerre entre deux célèbres facteurs: Éolien et Humidex.

Qu’à cela ne tienne, je profite du temps glacial pour invoquer sainte Floride, jeune vierge brûlée vive à Dijon en 180, dont on commémore bien au chaud le martyre le 10 janvier. Surtout les amateurs de soleil américain.

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Pour célébrer mon encabanement forcé, je me suis lancé dans un casse-tête de mille morceaux. C’est plus qu’un divertissement, c’est une thérapie! Quand je fais un casse-tête, je perds la notion du temps. Je m’assois à 15 heures, je cligne des yeux, et hop!, il est 21 heures!

Le temps évanoui est passé dans la purge, la grande purge de tout ce qui m’embête, me tracasse, m’inquiète ou m’énerve. Faire un casse-tête est un excellent moyen laïc de cultiver ses vertus de patience et d’espérance.

Vertu de patience, car il en faudra pour disposer chacune de ces pièces à l’endroit précis où elles doivent être placées pour recréer l’image originelle. Il faut vraiment des yeux de faucon pour démêler tout ça. Si vous ne possédez pas de faucon, pas grave, une bonne loupe fera l’affaire.

Vertu d’espérance, également, car je me lance dans l’aventure même si je redoute toujours qu’il manque un morceau, ce qui m’énerverait et mettrait en péril tous les bienfaits de cette thérapie. Il n’y a rien de plus frustrant, après avoir planché des heures sur un casse-tête, que de constater qu’il manque un morceau, laissant apparaître un trou grand comme la Méditerranée dans le dessin!

J’ai finalement terminé. Tous les morceaux sont là. Je suis maintenant armé de patience et gonflé d’espérance. 2018 peut commencer!

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Chargé à bloc comme ça, j’espère ne pas rendre tout le monde fou, comme le fait le génial bonhomme Trump.

Au contraire, je compte plutôt m’inspirer des personnes z’influentes au Niou-Brunswick pour m’aider à triompher des défis 2018. On en compte au moins trente dans la province, d’après ce que j’ai pu lire dans notre journal.

J’ai relu cette liste pour les besoins de cette chronique et je ne suis pas étonné de lire ces noms, car on les voit souvent passer sur les fils de presse. Plusieurs sont des personnalités occupant de hautes fonctions dans de grandes institutions. Le moins qu’on puisse s’attendre d’elles, c’est justement qu’elles aient de l’influence! Sinon, pourquoi les placerait-on là? Par cousinage politique? Ben non, voyons, pas au Niou-Brunswick!

Une bonne partie de ces personnes sont des politiciens, ce qui leur enlève un peu de lustre à mes yeux, car la plupart des politiciens, surtout les ministres, ici comme ailleurs, et peu importe la couleur, donnent souvent l’impression d’être surtout de gros gros sous-ministres!

On pourrait croire, ou du moins espérer que, de génération en génération, ils fassent évoluer la vie politique en délaissant le vieux modus operandi de leurs prédécesseurs, mais non. De génération en génération, ils se familiarisent avec les mêmes lois mystérieuses orchestrées dans des antichambres qui sentent le cani, ils apprennent à maîtriser les faux-fuyants et triple axels, et perfectionnent l’art de remettre des chèques gouvernementaux comme s’il s’agissait d’un don personnel.

C’est un perpétuel brassage des mêmes vieilles cartes.

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En public, ils répètent des mantras archi-connus: assainir les finances publiques, couper les taxes, améliorer les soins en santé, favoriser les petites entreprises, établir une gouvernance efficiente, créer des infrastructures durabl… zzzzzzz…

Et quand ils parlent de culture acadienne, ils sortent les vieilles formules fripées d’autrefois: la culture acadienne est vivante, résiliente, vibrante, et patati patata. Gouglez-vous des synonymes, pour l’amour!

Mais quand nous parlent-ils de leur vision personnelle de l’éducation, hormis lorsqu’ils récitent péniblement des résumés de documents rédigés par des fonctionnaires?

Quand nous parlent-ils spontanément de liberté, d’identité acadienne, du fait français, de démocratie, de droits humains, de la transhumance migratoire, de féminisme, d’homophobie, de la paix dans le monde? Est-ce qu’ils s’y intéressent, même?

Finalement, est-ce qu’ils nous projettent dans l’avenir? C’est pourtant bel et bien une responsabilité qui incombe aux personnes influentes dans la société: nous entraîner vers l’avant! Et non pas se contenter de nous faire faire du surplace entre deux élections.

Non. Des gros sous-ministres, vous dis-je. Et, oui, des sous-ministres influents.

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Je devrais probablement nuancer mes propos un peu, car les personnes vouées à une carrière politique donnent beaucoup de leur énergie, de leur temps, de leur vie même. Et je me réjouis qu’elles ne soient pas aussi dangereusement «géniales» que Trump.

En fait, je ne leur reproche pas de faire ce qu’elles font, je regrette simplement qu’elles ne se servent pas du pouvoir qu’elles ont pour nous amener plus loin. Plus loin dans notre développement global. Plus loin dans notre réflexion collective sur la suite du monde.

J’ai eu le privilège de travailler auprès d’un ministre et d’un premier ministre qui ne craignaient pas d’avancer des idées neuves sur la place publique. Ils le faisaient parfois de manière trop flamboyante, ce qui irritait l’intelligentsia pharisienne pétrie de la culture du secret si chère à la Patente, mais au moins, ça jasait dans les chaumières, ça réfléchissait, ça s’affirmait!

Aujourd’hui, les débats publics se limitent à de «l’astinage» sur des politiques à courte vue, sur des programmes inopérants, ou sur des dossiers qu’on préfère tenir fermés à clé, tel que le dossier linguistique, pourtant central et surtout vital pour les francophones de la province.

Oui, il y a des personnes influentes au Niou-Brunswick. Il nous reste juste à déterminer si elles se servent de cette influence à bon escient! Et ça, c’est tout un casse-tête politique.

Han, Madame?