L’appartenance

Comment se sentir partie prenante de son quartier, de sa communauté, de sa province ou de son pays? Ce sentiment est-il essentiel à notre épanouissement individuel et collectif? J’ai trouvé réponse à ces questions dans un document du regroupement des Fondations communautaires du Canada sur l’appartenance au Canada en 2017,  comment elle se porte, ce qui la nourrit ou l’étouffe. Je vous conseille de lire cet édifiant document (communityfoundations.ca/fr/signesvitaux/appartenance) et ensuite de consulter les résultats par province.

Vous y apprendrez que seuls 36% des gens des Maritimes et 47% des gens de Terre-Neuve-et-Labrador ont un fort sens d’appartenance à leur communauté, que 44% et 65% sont attachés à leur province  et 66% et 68% au Canada. Les anglophones ont d’ailleurs un mot terrifiant pour évoquer ce manque d’appartenance : « Placelessness ». Qu’est-ce qui cause cette aliénation? Le fait de vivre ailleurs que là où on a grandi, la solitude, le manque de travail, de revenus ou de logement adéquat, bien entendu, mais aussi – et c’est là où je veux en venir! – le manque d’espaces publics pour se réunir, se parler, se comprendre. L’étude est claire : aires de jeux, parcs et espaces verts, espaces culturels, bibliothèques, salles de spectacles, évènements culturels, nourrissent l’appartenance.

À cette liste d’éléments, j’ajoute les journaux et tout particulièrement les journaux communautaires qui tissent des liens plus essentiels que jamais. À la fin de l’année dernière, en Ontario anglophone, près de 30 journaux de proximité ont disparu pour raison économique; ici, nous savons tous et toutes que nos journaux à nous, que ce soit l’Acadie Nouvelle ou les journaux communautaires sont également menacés. Leur disparition serait encore plus dommageable pour nos communautés, vu notre position minoritaire et d’autant plus inacceptable qu’il existe une protection légale contre cette menace, à savoir l’article VII de la Loi sur les Langues officielles. Cet article exige d’Ottawa des mesures proactives pour promouvoir la santé des communautés linguistiques en milieu minoritaire. La décision du fédéral de ne plus placer de publicité dans nos journaux va clairement à l’encontre de cet article et risque d’accélérer l’aliénation générale. Qu’on se le dise!