Amnistie Internationale

Chers lecteurs et lectrices, je suppose que quand vous voyez les mots «amnistie» et «internationale» côte à côte vous pensez tout de suite à l’association de défense des prisonniers qui croupissent dans les prisons iraniennes, congolaises ou nord-coréennes pour des délits qu’ils n’ont pas commis ou des opinions qu’ils devraient être libres d’exprimer.

Cette semaine, le public canadien (et je l’espère, français) a vu que Amnistie Internationale agit aussi chez nous, dans des démocraties qu’on croit pourtant à l’abri de tels abus. Nous devons cette triste révélation au professeur Hassan Diab d’Ottawa, arrêté et mis en détention en 2008, puis extradé en France en 2014 pour y répondre à des accusations d’attentat terroriste sur une synagogue parisienne en 1980.

Monsieur Diab aura passé trois ans dans une prison à sécurité maximum en France, en isolement 22 heures par jour, pour un crime qu’il n’avait de toutes évidences pas commis puisqu’il était à l’université de Beirut, au Liban, au moment des faits, détail d’importance confirmé par de nombreux documents, dont son passeport.

ntre 2008 et 2014, plusieurs juges canadiens ont indiqué que le dossier contre Monsieur Diab n’était pas crédible. Cela n’a pas empêché le ministre de la Justice du gouvernement Harper de répondre à la demande d’extradition de la France qui, de son côté, a pris trois ans pour que ses juges révisent à leur tour le dossier et rejettent toute idée de poursuite.

Alors, pourquoi cette dramatique erreur? Sans doute à cause de l’origine libanaise de Monsieur Diab qui, lui, répond tout simplement: «C’est une erreur institutionnelle». Les juges au Canada ont eu beau dire que le cas contre monsieur Diab était inexistant, la loi sur l’extradition relève du gouvernement et n’exige qu’une demande écrite du pays concerné. De quoi nous faire froid dans le dos, d’autant plus que sans l’implication du chapitre d’Amnistie Internationale à Ottawa, sans sa lutte acharnée pour ramener monsieur Diab au Canada, il est fort probable que son calvaire ne serait pas terminé.

Le gouvernement Trudeau promet de revoir au plus vite cette loi sur l’extradition, entre temps méditons le vieil adage: «Avant d’aller critiquer les autres, il est bon parfois de balayer devant sa porte».