Une sage leçon

Que se passerait-il si l’on cessait d’attendre qu’un messie vienne sauver l’économie néo-brunswickoise? C’est la question qui me trotte dans la tête depuis ma rencontre avec un entrepreneur de Saint-Jean, il y a quelques jours.

Mercredi dernier, je suis allé faire un tour dans la ville portuaire pour faire un reportage sur la renaissance de son centre-ville. J’y ai rencontré Mike Duncan, un électricien de carrière qui a récemment ouvert un petit café dans ce quartier.

Lorsque je lui ai demandé pourquoi ce secteur est si dynamique depuis quelque temps, il m’a parlé de l’accent mis sur les arts et la culture et de l’afflux de baby-boomers.

Il m’a aussi dit que les gens d’affaires du coin ont enfin arrêté d’attendre le prochain gros projet qui relancera l’économie d’un seul coup.

Ils ouvrent les restaurants, les cafés et les commerces dont ils ont toujours rêvé. Ils plongent et misent gros sur leur communauté en la développant une PME à la fois.

Ses propos m’ont frappé. Parce qu’à bien y penser, il n’y a vraiment pas qu’à Saint-Jean où les gens ont tendance à prier pour que survienne un miracle économique. On est forts là-dessus dans bien des régions du Nouveau-Brunswick.

Pendant longtemps, de nombreuses personnes se sont croisé les doigts en espérant qu’Énergie Est se concrétise. Avant cela, c’était le gaz de schiste.

On a aussi un faible pour les promesses faites par les grandes entreprises attirées dans la province par le gouvernement à coups de subventions. L’économiste Pierre-Marcel Desjardins appelle ces projets des «coups de circuit», puisqu’ils font saliver les élus, mais sont plutôt rares.

J’entends déjà certaines personnes répondre que c’est facile d’avoir une telle épiphanie quand on demeure à Saint-Jean, une ville qui peut déjà compter sur la plus grande raffinerie de pétrole au Canada, sur de nombreuses grandes entreprises et sur un important port de mer.

Mais n’aurait-on pas intérêt à reconnaître qu’il y a une certaine sagesse dans les propos de Mike Duncan? J’ai l’impression qu’il est plus avant-gardiste qu’on le pense.