Un poème

Au milieu du torrent de nouvelles affligeantes qui inondent, chaque jour, notre quotidien – rien que cette semaine nous avons dû faire face aux extravagances maintenant ordinaires de la Maison-Blanche, à une tuerie dans une école, aux témoignages douloureux de victimes sexuelles, à l’éruption d’un volcan et à un tremblement de terre au large de l’Alaska, – arrive quelquefois (rarement, j’en conviens) une nouvelle souriante, charmante, qui nous rappelle que, dans la noirceur, il y a encore quelques éclaircies prometteuses.

Ainsi, on apprenait cette semaine que l’Acadienne Georgette Leblanc est maintenant la poète officielle du Parlement canadien. Elle remplace George Elliott Clarke à ce poste qui alterne entre anglophone et francophone. C’est à elle que revient, pour les deux prochaines années, la tâche de promouvoir la littérature en général et la poésie en particulier en écrivant des textes pour divers évènements officiels, mais aussi en parrainant des activités culturelles et en conseillant la Bibliothèque du Parlement sur ses achats de livres.

Je sais, je sais, je vous entends de très loin: «À quoi ça sert un poète officiel? C’est du gaspillage d’argent!» Tout d’abord, disons le tout de suite, ce n’est pas comme ça qu’un poète s’enrichit! Allez voir vous-même, il y a bien des gens qui gagnent plus au chômage. Ensuite, il y a deux raisons de se réjouir de cette nouvelle.

Il faut d’abord célébrer le fait que le poste existe (depuis 2001), que le pays ait jugé bon de promouvoir ainsi la création littéraire. On ne vit pas de poésie, d’accord, mais il est bon d’en injecter dans notre vie quotidienne pour nourrir la création et le rêve. Deux outils qui poussent notre société à se dépasser et à bâtir un monde meilleur. Sans ça, nous ne serions que des fourmis, certaines plus industrieuses que d’autres, sans autre but que de construire toujours la même demeure.

Aujourd’hui, il faut aussi se réjouir que ce soit une Acadienne qui occupe ce poste. «Une fille de la Baie» (Sainte-Marie), une Néo-Écossaise de la région de Pointe de l’Église qui écrit avec une inventivité et une beauté à couper le souffle. Ainsi, à Ottawa, pour les deux prochaines années, c’est l’Acadie qui enivrera le pays tout entier de poésie.

Bravo Georgette!