Appelle-moi par ton nom: la douleur des chagrins d’amour

Patrice CôtéChroniques

À peu près tout le monde a vécu une grande histoire d’amour à l’adolescence. Dans Appelle-moi par ton nom, le réalisateur italien Luca Guagagnino nous ramène à cette époque où tout était si simple et si compliqué à la fois.

En nomination pour quatre Oscars et trois Golden Globe (dont celui du meilleur film dans les deux cas), Appelle-moi par ton nom raconte l’histoire d’Elio (Thimothée Chalamet), un jeune juif âgé de 17 ans qui se la coule douce dans la somptueuse villa italienne de ses parents.

Elio est un musicien chevronné qui se passionne pour les classiques de la littérature.

L’été 1983 marquera l’arrivée à la villa d’Oliver (Armie Hammer), un étudiant américain âgé dans la vingtaine qui a été choisi pour passer six semaines sous la supervision du père d’Elio, un professeur d’archéologie antique.

Petit à petit, Elio et Oliver se découvrent des affinités. Leur amitié se transforme lentement en désir, puis en amour.

La liaison des deux jeunes hommes a toutefois une date d’expiration. L’inévitable départ d’Oliver aux États-Unis les forcera à choisir entre vivre avec des regrets ou chérir les doux moments qu’ils ont passés ensemble.

Différent

L’oeuvre franco-brasilo-américano-italienne (qui a bénéficié de très nombreux crédit d’impôt de ces quatre nations, soit dit en passant) aborde le thème universel de l’amour impossible, mais parvient tout de même à lui donner une petite touche d’originalité.

Bien sûr, le fait que l’amour en question naisse du désir de deux hommes fait d’Appelle-moi par ton nom est un film atypique.

Mais d’autres productions qui ont reçu l’attention de l’Académie ont également emprunté cette voie dans les 15 dernières années, dont Brokeback Mountain (l’amour impossible entre deux cowboys mariés) et Moonlight (l’histoire d’un jeune Noir violent qui a pu mettre de l’ordre dans sa vie grâce à l’amour d’un autre homme).

Ce qui différencie l’oeuvre de Guadagnino, c’est son ambiguïté sur l’orientation sexuelle de ses deux protagonistes. Oui, Oliver et Elio ont des rapports sexuels, mais il est aussi très clair qu’ils aiment les femmes.

L’interprétation que je fais du récit est que les deux hommes sont hétérosexuels, mais qu’ils sont tout simplement tombés sous le charme d’une personne qui s’adonne à être du même sexe. Un peu comme s’ils étaient amoureux de l’âme de l’autre.

Remarquez que chacun aura peut-être une autre interprétation. Et à mon sens, c’est là que réside la principale qualité de l’oeuvre: son message est universel et s’adresse à quiconque a déjà souffert d’un grand chagrin d’amour.

Résolument européen

Qui dit film ambigu dit film européen. Il est fascinant de constater à quel point Appelle-moi par ton nom est un rappel des différences fondamentales qui existent entre le cinéma américain et son pendant du Vieux Continent.

Que ce soit au niveau des images (granuleuses), de l’éclairage (naturel), des plans (éloignés, pour apprécier la beauté des panoramas), de l’orientation fondamentale (artistique plutôt que commerciale), du cadre (débordant d’histoire et d’érudition) et de la proximité entre les personnages (très éloignées du puritanisme), Appelle-moi par ton nom est résolument européen.

Un état de fait qui a malheureusement des côtés négatifs. Pour un, le film repose presque entièrement sur les dialogues entre personnages (souvent – à l’européenne… -, à table, autour d’un repas) et il ne se passe pratiquement rien dans la première heure.

L’oeuvre est aussi beaucoup trop lente et longue. Elle gagne un peu de rythme quand Elio et Oliver s’avouent leurs sentiments (à la 60e minute!) et culmine sur un émouvant et percutant discours du père (Michael Stuhlberg, excellent) qui enjoint son fils à vivre sa douleur.

Ce fameux discours – qui survient dans les quinze dernières minutes – est à mon sens la meilleure scène du film. Elle agit un peu comme une récompense pour le spectateur qui a eu la patience d’assister aux deux premières heures. C’est aussi une sorte de clé de voûte qui nous permet de faire un retour sur quelques-unes de nos relations amoureuses passées afin d’en évaluer le sens et l’impact qu’elles ont eu sur nos vies.

Un chagrin d’amour n’est jamais facile. Appelle-moi par ton nom en est probablement l’illustration parfaite.

FICHE TECHNIQUE: APPELLE-MOI PAR TON NOM

  • Version originale: Call me by your name
  • Genre: drame romantique
  • Budget: estimé à 6 M$
  • Durée: 132 minutes
  • Une production des studios: Frenesy Film Company et La Cinéfacture
  • Réalisateur: Luca Guadagnino
  • Scénario: James Ivory, du roman d’André Aciman
  • Avec: Arnie Hammer, Thimothée Chalamet et Michael Stuhlbarg
  • Partage l’ADN de: L’Auberge espagnole (2002), Brokeback Mountain (2005) et Moonlight (2016)
  • On aime: Le jeu de Chalamet, l’universalité de l’histoire et les panoramas
  • On aime moins: la longueur
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:  3
    • Qualités visuelles:  4
    • Jeu des comédiens:  4
    • Originalité:  4
    • Divertissement:  3
    • Total: 18 sur 25