Aucun frein à ses désirs

Mélanie CôtéChroniques

«Savez-vous quel est le plus sûr moyen de rendre votre enfant misérable ? C’est de l’accoutumer à tout obtenir.» – Jean-Jacques Rousseau

Mon grand ami Larousse m’indique que le verbe gâter veut dire combler quelqu’un d’attentions, de cadeaux. Il ajoute à cette définition: céder aux volontés d’un enfant, le traiter avec une extrême indulgence.

Ironie du sort (ou non), gâter signifie aussi corrompre, endommager, gâcher, dénaturer. Je ne crois pas que l’on fait cela à nos enfants en les gâtant. Pas intentionnellement du moins.

On peut faire l’autruche. On peut acheter aveuglément ce nouveau truc que son enfant convoite, couvrir son enfant d’éloges pour un piètre effort ou être complaisant devant une conduite insolente de son enfant, et puis se convaincre que c’est anodin. On peut alléguer que c’est pour son bonheur. Or, ce bonheur est éphémère. Cet enfant peut aisément devenir un jeune adulte qui veut tout à sa guise. Un jeune adulte qui perd ses moyens dans l’adversité. Un jeune adulte qui est contrarié lorsque personne n’est là pour couper les croûtes de ses rôties.

Maintenant!

Je vous donne un exemple courant. Un jour, mes trois jeunes enfants arrivèrent de l’école en me suppliant d’acheter ces fameuses toupies de main (ou spinners).

«Mais, M’man, tous les élèves de l’école en ont!», ils lancèrent en chœur avec des yeux de chiot triste. «Bien essayé», je répondis. Je leur expliquai (à nouveau) que nous n’allions pas nous procurer tous les jouets dernier cri. J’ajoutai que si à Noël, ils souhaiteraient toujours obtenir une toupie, qu’ils en recevraient peut-être une. (Surprise, surprise: aucun de mes enfants n’a placé ce truc sur sa lettre au père Noël.)

Richard Carlson, l’expert en la joie, signale que l’on ne rend pas service aux enfants en les gâtant. «En leur accordant tout ce qu’ils veulent, quand ils le veulent, vous omettez de leur enseigner une des principales leçons de la vie: on ne peut pas toujours obtenir ce qu’on veut.» (1)

Devenir autonome

Plusieurs jeunes, en arrivant à l’âge adulte, m’avouent qu’ils préféreraient être moins gâtés. Paradoxalement, ils perçoivent les limites que peut engendrer une enfance très aisée. Aujourd’hui, les déceptions qu’ils vivent sont intenses, les insatisfactions nombreuses et leur niveau de ténacité, bas. Je leur affirme: «C’est bien. Vous en êtes conscients maintenant. Petit à petit, prenez votre vie en main. Les excuses sont futiles. Surtout, ne reprochez pas vos parents; tous les parents font du mieux qu’ils peuvent, puis les vôtres ne font pas exception.» Si un jeune est résolu à se renouveler, rien ne peut l’arrêter.

Aimons avec sagesse!

J’invite respectueusement vos partages et questions.

(1) Carlson R. (2004). Ne vous noyez pas dans un verre d’eau: À l’usage des parents. Neuilly-sur Seine: Michel Lafon, p.112.

Défi de la semaine: Si vous avez des enfants (ou vous vous occupez d’enfants) et que vous avez le «oui» facile, ajoutez le «non» à votre vocabulaire. Toujours dire oui n’est pas synonyme d’aimer.