Le remède à la peur

Serge ComeauChroniques

J’ai suivi les commémorations de l’attentat de Québec le 29 janvier. Après les discours politiques (hélas! la plupart improvisés), le rappeur Webster a déclamé un puissant slam aboutissant à la conclusion que «le remède à la peur de l’autre et à l’ignorance, c’est l’amour!»

Il n’y a pas que moi pour le remarquer: nous vivons dans la peur. Peur du terrorisme et de la violence. Peur que les étrangers nous imposent leurs manières de faire. Peur de Trump et de Kim Jong-Un. Peur que la bourse chute.

Et il y a ces peurs du quotidien. Peur de l’avion. Peur d’arriver en retard. Peur du diagnostic chez le médecin. Peur de Dieu et de son jugement. Peur de se voir dans le miroir après une chirurgie esthétique. Peur d’échouer à son examen. Peur bleue d’engraisser.

Nous sommes tellement habités par la peur qu’on ne peut pas imaginer ce que pourrait être une vie sans elle. Mais elle est sournoise la peur: elle est ancrée si profondément en nous qu’elle nous contrôle à notre insu. La crainte nous mène par le bout du nez avec toutes ces questions paralysantes: «Que vais-je faire si…? Que vais-je devenir si…? Et si demain il y a…?»

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Pourquoi avoir si peur? Il y a des personnes qui tirent des avantages de ce sentiment envahissant. La peur est un outil efficace pour contrôler. Souvent, ce sont les personnes à qui j’ai donné du pouvoir sur ma vie qui sont menaçantes. Ainsi, j’ai peur de décevoir ma famille, mon médecin, mon patron, mon pasteur, mon Dieu.

Il ne faut pas chercher à répondre à toutes les questions nées de la peur. Ces interrogations ne peuvent qu’engendrer de la peur. Parce que les réponses apportées à nos questions dépendent de la nature de celles-ci.

Comment alors réagir face à ce sentiment paralysant? Quelle attitude digne développer pour ne pas être complice d’une psychose collective ou personnelle? Avec Webster, je dis qu’on peut faire contrepoids à la peur par l’amour. J’imagine certains murmurer: «C’est bien beau l’amour, mais qu’arrive-t-il si…?» Encore la maudite peur!

Il est possible de changer de lieu pour habiter une maison où règne davantage la confiance et «l’amour qui chasse toute crainte» (I Jean). Écouter la voix secrète qui murmure à notre cœur qu’il vaut mieux faire confiance à l’amour que de se réfugier dans la peur. Entendre ce qui revient comme un mantra dans les Écritures saintes: «Soyez sans crainte!»

Voilà ce que dit l’ange à Marie lorsqu’il lui annonce qu’elle va devenir la mère de Dieu. C’est la même invitation qui est faite aux bergers pendant la nuit de Noël. Ce cri des anges revient en écho au matin de Pâques lorsqu’ils accueillent les femmes toutes tremblantes au tombeau. Le Christ lui-même dira aussi à ses disciples apeurés dans la barque ou tremblants au Cénacle «N’ayez pas peur. C’est bien moi!»

De cette confiance que nous ne sommes jamais seuls, la joie naît. La joie qui n’a pas besoin d’être organisée ou planifiée. Mais celle qui s’accueille comme un don. Quitter ses habits de tristesse et de crainte. Revêtir le vêtement de l’amour. C’est entrer dans la joie de la confiance.

Cette semaine…

Célébré solennellement le jour de la Présentation (2 février) après quelques jours de récollection avec les Hospitalières de Saint-Joseph. Le cadeau le plus précieux que ces femmes ont apporté à Tracadie (il y a 150 ans cette année!) est celui de la confiance. Au lieu de se méfier des lépreux, elles sont allées vers eux. Au lieu de fuir des responsabilités exigeantes, elles ont consenti à assumer leur histoire.

Trouvé chez elles une source de sagesse qui semble se tarir dans notre monde. Alors que l’humanité éprouve un stress continuel, des troubles de sommeil et un manque d’harmonie, il y a un attrait pour la paix inscrite dans la nature profonde de chacun. En proposant la contemplation, les traditions religieuses permettent de ralentir notre course et trouver la sérénité au cœur de nos situations changeantes.

Participé à la journée de Bell cause pour la cause. Pour répondre aux maladies mentales qui s’intensifient, une approche systémique s’impose. Je déplore que l’indifférence, voire le rejet des religions prive tant de gens de ressources millénaires pour un travail intérieur de méditation silencieuse qui calme et pacifie notre esprit.

Préféré cette citation du Grec Athënagoras à toutes les autres sur le désarmement intérieur: «Il faut mener la guerre la plus dure contre soi-même. J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible. Mais je suis désarmé. Je n’ai plus peur de rien, car l’amour chasse la peur. Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres. Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur.»