Lumière! Lumière!

Le 2 février, la Chandeleur est passée comme du beurre dans la poêle à crêpes. Je n’ai rien vu! Même les marmottes, qui se pointent le nez ce jour-là pour nous annoncer si le printemps nous guette, ne se sont pas entendues. Bref: le 2 février fut un jour comme les autres.

Autrefois, entre janvier et Pâques, les peuples se dardaient sur toutes sortes de fêtes pour pallier les rigueurs de l’hiver. Et la lumière était souvent un élément central de ces célébrations. La lumière éclaire, réchauffe, sécurise. La lumière purifie.

Ainsi, à la Chandeleur, l’Église célèbre la Purification de la Sainte Vierge qui vient d’accoucher. Ses saintes relevailles, quoi. Et aussi la Présentation de Jésus au Temple, où un vieux bonhomme se serait écrié en voyant le ti-Jésus dans ses Pampers en crin de cheval: «il est la lumière du monde». (Luc 2, 32).

Fiou, toute cette lumière finit par nous éblouir.

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Oui, les fêtes païennes (bacchanales, saturnales, lupercales et autres carnavals) ont, des siècles durant, redonné du cœur au ventre à des peuples de partout en attendant que le soleil rentre enfin au bercail pour faire son boulot convenablement.

La Chandeleur était une de ces fêtes piquées par l’Église. En païen, c’était la festa candelarum, la fête des chandelles.

Cependant, pour l’Église, si on pouvait fêter, ça devait s’arrêter au Mardi-Gras. Ensuite, fini le chocolat. Vos gueules, à genoux, pis en pénitence! On vous dira pourquoi plus tard! Fallait sortir nos faces de mi-carême.

Quelqu’un m’a rappelé que c’était le lendemain de la Chandeleur, à la Saint-Blaise (invoqué pour les maux de gorge), qu’on se rendait à l’église où le curé, en guise de purification, nous braquait deux cierges allumés croisés sur la gorge, quitte à mettre le feu dans quelques tresses!

Une chance que de nos jours, pour la purification, on a le vaccin antigrippe.

Et quant à la lumière, ben, on a l’électricité.

Et plus on «progresse» ainsi, plus on délaisse ces fêtes qui rassemblaient les populations afin de mieux exorciser leur peur collective devant les aléas de l’inconnu.

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Si le calendrier des fêtes chrétiennes est un rappel de toutes ces fêtes païennes plagiées par l’Église au cours des siècles afin de «purifier» les mœurs, il est ironique qu’elles soient quand même toujours célébrées aux environs des mêmes dates dans le calendrier!

Ainsi, les Celtes vouaient un culte de purification à la déesse Brigit, protectrice des poètes, médecins et artisans, célébrée le 1er février. Comme par hasard, l’Église a décidé de fêter sa Sainte-Brigitte irlandaise le même jour!

Et hop, que j’te la tasse ta tite déesse païenne, moé!

Mais, après les fêtes païennes, à notre époque ce sont les fêtes religieuses qui prennent le bord. Ciel, sans fêtes païennes et sans fêtes religieuses, il ne nous reste plus rien à fêter!

Alors, il n’est plus nécessaire d’avoir des congés fériés!

Logique, tu dis?

Oh que nenni! Pas au Niou-Brunswick! C’est pas parce qu’on a rien à fêter qu’on fêtera pas quand même! On n’est pas plus cave que le monde du Moyen-Âge qui avait quasiment six mois de congés fériés par année!

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Tiens, pourquoi pas la Fête de la Famille le troisième lundi de février, vu qu’il ne se passe strictement rien ce jour-là?, s’est dit le Gallant gouvernement.

Et cette Fête de la Famille commence cette année! Une future tradition est née! Bingo!

Ok, le gouvernement n’a pas dévoilé le nom de la famille en question, mais c’est pas grave, quelqu’un finira ben par la montrer du doigt sur Twitter. Tout se sait aujourd’hui! #BalanceLaFamille!

«Nous sommes déterminés à stimuler l’économie», avait déclaré le premier ministre à l’annonce de l’invention de cette tradition, en avril 2017, pour justifier cet arrêt de travail.

Pour un paresseux comme moi, c’est du bonbon à mes oreilles!

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Étrangement, en 1982, lorsque le gouvernement provincial avait décrété que le 15 août serait dorénavant reconnu comme jour de la Fête nationale de l’Acadie, les partis politiques du temps voulaient pas pantoute que ce soit un jour de congé férié sous prétexte que, justement, ça pourrait nuire à l’économie!

Si la province peut maintenant se payer un jour férié pour rien en février, j’en déduis donc que la situation économique du Niou-Brunswick s’est grandement améliorée. Et que plus personne au gouvernement ne s’objecterait à faire du 15 août, Fête nationale de l’Acadie, un jour de congé provincial férié!

J’ose lancer un gros Yéé dans le ciel de la chronique.

Bizarre, quand même, que pour des «fêtes» purement artificielles, toujours célébrées un lundi parce qu’elles n’ont effectivement aucune date de «naissance», on n’hésite pas à créer des jours fériés, et que pour la fête nationale de l’Acadie, une vraie fête, une fête historique, avec une date précise, on ne trouve toujours pas le moyen d’en faire autant.

Le moyen, ou le courage. Au choix.

Ici, permettez que j’entonne un Ave Maris Stella.

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Le jour de la Chandeleur, on mange des crêpes. Encore là, c’est une longue histoire dont les racines remontent quasiment aux origines du temps.

Un peu plus et c’était des ployes! Alors, pourquoi pas une Fête de la Ploye, le 2 février, au Madawaska? Un peu comme Moncton qui lance aujourd’hui même un festival où le monde va se bourrer de hamburgers, avec la participation des restaurateurs, bien entendu.

La Fête de la Ploye permettrait aux Brayons de sortir la tête des bancs de neige le 2 février, comme la marmotte, et de nous indiquer s’ils ne voient pas pointer à l’horizon un printemps acadien, en attendant le troisième lundi du mois pour fêter la Famille, avec encore plus de ployes!

Ça pourrait même relancer la culture du sarrasin au Madawaska. L’industrie agricole pèterait le feu! Oui, comme l’a dit le Gallant premier ministre, ça stimulerait l’économie!

Décidément, la Chandeleur m’a inspiré. Ça doit être un effet de la lumière. «La lumière qui brille plus pour les yeux qui la cherchent», comme l’a dit Confucius en beurrant sa ploye.

Han, Madame?