Regarder devant soi

Ça y est! Après bien des pressions, la statue de Cornwallis a disparu du paysage de Halifax. Une bien bonne chose. J’avais espéré que c’était la fin de la polémique, mais, non, elle est repartie de plus belle. Cornwallis serait une victime selon le National Post, un tortionnaire sanguinaire selon d’autres, tout cela jugé, bien entendu, à la mesure de notre histoire à nous et avec nos yeux d’aujourd’hui.

Par pitié, assez! L’Histoire, ne l’a-t-on pas assez dit, est toujours adaptée au regard qu’on lui porte, aux stigmates qu’elle nous a laissés ou, inversement, à la fierté qu’on en tire. Ainsi, comme l’a justement fait remarquer récemment un historien canadien, alors que Cornwallis promettait des sous à quiconque lui rapporterait des scalps indiens, les Français faisaient de même à Louisbourg, un détail qu’on connaît peu. On a, je pense, tous assez lu l’Histoire pour savoir que Français et Anglais n’avaient rien inventé là.

Chez moi, la Francophonie porte une telle estime au défenseur de la Terre-Neuve française, Pierre Le Moyne D’Iberville, qu’on a créé un sentier patrimonial en son nom. Si la controverse a aujourd’hui un peu passé, la réaction initiale des Anglophones a été violente parce qu’ils se souviennent de lui pour avoir mis à feu et à sang, et avec une violence rare, les villages anglais de la côte Est de l’Île.

Il n’y a rien à gagner à perpétuer ce débat stérile sur qui avait tort ou raison, qui a été pire que qui. Cela relance des batailles qui n’ont plus lieu d’être et qui, pire encore, nous divisent.

La statue de Cornwallis – et son nom d’ailleurs – méritait de disparaître de notre environnement tout simplement parce qu’il représente un moment douloureux de notre histoire, qu’il incarne des valeurs qui, fort heureusement, ne sont plus celles de notre pays et que de le laisser sur un piédestal heurte une grande partie de la population; autrement dit ses valeurs ne méritent plus quelconque distinction. Pas besoin de refaire l’Histoire pour s’entendre là-dessus, il me semble.

C’est ainsi, en regardant résolument devant nous, qu’un pays grandit, resserre les rangs, se réconcilie, rallie au lieu de diviser et… avance.