Le niveau d’endettement et les finances publiques

BERNARD THÉRIAULT

S’il y a lieu d’être préoccupé par notre niveau d’endettement, il ne faut surtout pas paniquer. Et, de grâce, que les conservateurs cessent d’en faire un problème libéral puisque, historiquement, ils n’ont pas eux non plus un trop bon dossier à cet égard.

Qu’on se le tienne pour dit, la dette est le problème de tout le monde. C’est au temps de Richard Hatfield, dans les années 1980, qu’on observe la première véritable escalade de notre dette et une certaine perte de contrôle sur les dépenses publiques.

L’arrivée de Frank McKenna changera légèrement la donne en mettant de l’avant des mesures de réduction des dépenses gouvernementales qui permettront d’observer à la fin de son mandat une légère réduction de la dette, mais qui aura des conséquences terribles sur les services offerts à la population.

Le défi du gouvernement McKenna a été que, malgré tous les efforts déployés et une augmentation significative de l’activité économique, il a dû vivre avec un gouvernement fédéral, – et libéral de surcroît – qui a coupé de façon presque criminelle les transferts aux provinces.

Les conservateurs de Bernard Lord n’ont quant à eux pas si mal fait en matière de gestion des finances. Ils ont d’abord bénéficié des mesures draconiennes mises de l’avant par le gouvernement McKenna et, surtout, ils ont empoché les millions de dollars que Paul Martin a retournés dans les coffres des provinces au début des années 2000.

Le problème avec le gouvernement Lord, même s’il a produit des surplus pour quelques années, c’est qu’il n’a tellement rien fait sur le plan économique qu’il est en partie responsable d’avoir réduit la base industrielle au point que les revenus fiscaux ne se sont jamais rétablis.

Aux dires de plusieurs entrepreneures, l’époque Lord, même si elle offre les chiffres les plus reluisants en matière de lutte aux déficits, offre également les années les plus sombres de la province par son inaction et son incapacité de créer des emplois. Voilà un exemple à ne pas suivre, dans lequel la lutte contre le déficit devient contreproductive.

Vient ensuite le gouvernement de Shawn Graham qui fut frappé de plein fouet par la récession de 2008 et par la fermeture de plusieurs papetières. Le reste fait partie de l’histoire, le plus gros déficit jamais enregistré par la province et, après une tentative agressive de relancer l’économie en misant sur l’énergie, le premier gouvernement néo-brunswickois qui n’a pas pu obtenir un deuxième mandat!

La grande déception des vingt dernières années en matière de finance fut sans équivoque les performances plus que médiocres du gouvernement Alward et de son ministre des Finances Blain Higgs. Malgré des promesses répétées, ils n’ont jamais réussi à avoir un impact en matière de déficit.

Bref, même si ce n’est pas parfait, c’est peut-être Brian Gallant qui aura le mieux tiré son épingle du jeu en nous offrant une réduction significative du déficit et en créant pour la première fois depuis dix ans, un contexte économique qui nous permet de rêver.

Il est vrai que dans un avenir plus ou moins rapproché, il faudra régler le déficit. Pour le moment, il faut d’abord augmenter le nombre de contribuables.

JEANNOT VOLPÉ

Selon plusieurs observateurs des marchés boursiers, l’époque des bas taux d’intérêt qui favorisent l’argent facile tire à sa fin.

Les décisions d’emprunter à de très bas taux d’intérêt vont créer des défis à plusieurs et spécialement au gouvernement. La dette provinciale de plus de 14 milliards $ est financée par des emprunts qui viennent régulièrement à échéance et doivent être renouvelés. Au cours des 20 dernières années, ces renouvellements d’emprunts se sont fait à un taux d’intérêt plus bas que les taux originaux ce qui favorisait des réductions des coûts totaux en intérêt sur la dette – même si cette dette augmentait. Tout comme une hypothèque sur une maison qui a été financée à un taux de 6% et qui a été renouvelée à 3%, ce qui a facilité un emprunt pour des rénovations, mais qui doit maintenant être renouvelée à 5%.

Un couple à la retraite de Port Elgin a décidé de ne plus payer ses impôts provinciaux et en a assez des taxes et des impôts de plus en plus élevés au N.-B. En comparant un contribuable du N.-B. avec un revenu de 30 000$ par année ou 15$ de l’heure dans un travail à temps plein à un contribuable de l’Ontario ou de l’Alberta, il y a de quoi s’interroger. Au N.-B., il devra payer 1950$ en impôt provincial contre 1000$ en Ontario et 1100$ en Alberta.

De plus, la part provinciale de la TVH a été augmentée par Brian Gallant de 8% à 10%, soit le plus haut taux au Canada. Le N.-B. est l’une des provinces avec les plus faibles revenus, mais le plus haut taux de taxation. Plusieurs quittent la province et les immigrants au N.-B. décident de déménager ailleurs une fois qu’ils et elles réalisent le niveau de revenus et d’imposition.

Cette semaine, un ancien sous-ministre des Finances du N.-B. disait que des décisions financières pour satisfaire des groupes de pression ou des gains politiques à court terme étaient les principales raisons pour la position financière actuelle. Trop souvent, les élus ne sont pas prêts à remplir pleinement leur rôle de gestionnaire des fonds publics et de vivre selon leurs moyens. Cet ancien sous-ministre croit aussi qu’une majorité de la population du N.-B. ne comprend pas et ne veut pas entendre les effets à long terme de vivre au-dessus de ses moyens.

L’endettement sans précédent des Canadiens par des emprunts ou des cartes de crédit semble expliquer que cette même population appuie des gouvernements financièrement irresponsables. La Grèce et quelques autres pays ont utilisé cette approche qui les a conduits à la faillite. Lorsque les banques qui finançaient ces pays ont pris le contrôle, des services et des emplois gouvernementaux ont été éliminés créant des émeutes.

Le couple de Port Elgin a compris que l’argent gratuit n’existe pas et que chaque nouvelle annonce devra être financée. Espérons que d’autres contribuables vont comprendre et se feront entendre.