Le «Roxanngate»

La langue, c’est sacré en Acadie du Nouveau-Brunswick. En parler publiquement, c’est comme marcher dans un champ de mines (surtout si c’est fait sur Facebook par l’entremise d’un statut incendiaire et plutôt maladroit).

L’ex-présidente de la FÉÉCUM, Roxann Guerrette, l’a appris à ses dépens la semaine dernière lorsqu’elle a dit avoir honte de son français.

La violence de certaines réactions publiées en ligne m’a un peu donné la chair de poule. Elle m’a rappelé une fois de plus que la communauté francophone traîne toujours derrière elle une certaine mentalité d’assiégée. Et cette mentalité, elle n’est pas très propice à la dissension.

Pensez-y un peu. Dès que l’on se sent le moindrement attaqués, notre instinct de minoritaires ressort. On montre les crocs par réflexe sans trop prendre le temps de se demander si les propos qui nous ont tant choqués ont peut-être une part de vérité.

Plus je réfléchis à ce que certains appellent à la blague le «Roxanngate», plus je me dis qu’on a encore du chemin à faire avant d’être capables de résister à la tentation de tirer sur le messager dès que se fait entendre un point de vue qui dérange l’ordre établi.

Qu’on se le dise; des débats, des échanges qui permettent de réfléchir et de remettre en question nos propres points de vue, on en a très peu en Acadie du Nouveau-Brunswick.

On aime se dire en faveur du brassage d’idées et des remises en question, mais on l’est pas mal moins qu’on le pense.

La critique culturelle? Ça passe…tant qu’elle est positive. Le journalisme? Ça va… tant qu’il ne brasse pas trop la cage.

Au final, la réaction épidermique au coup de gueule de Roxann Guerrette nous rappelle une fois de plus que l’on a encore pas mal de pain sur la planche.

Parce que malgré nos bonnes intentions, on n’a pas tout à fait la maturité collective et l’ouverture nécessaires pour avoir de véritables débats d’idées.