Petite saynète en relations humaines

Nous parlions tranquillement, mon ami et moi, quand une jeune femme apparue dans le cadre de porte. Elle y demeura quelques instants, comme hésitante à entrer, puis se décida.

La conversation s’engagea par les petits. La jeune femme avoua qu’elle doutait de son talent, mon ami eut les mots qu’il fallait pour qu’elle s’explique davantage. Elle finit par dire qu’il y avait plusieurs années qu’elle avait complété son baccalauréat en arts visuels et qu’elle avait continué de peindre, mais depuis un certain temps les choses piétinaient. Elle ne savait plus.

Mon ami y alla d’un mot de commisération – oui, ces périodes de doute et d’ajustement paraissent parfois bien longues et ennuyantes. La conversation à trois devint bientôt un échange à deux. La jeune femme trouvait toujours à répondre aux paroles de mon ami, et lui, loin de baisser les bras, la relançait avec des propos toujours plus étonnants et sophistiqués.

Je n’en revenais pas de la capacité de mon ami à combiner finesse, humour et réalisme pour faire comprendre à la jeune femme qu’il était normal de douter et que tous les métiers comportaient des embûches. La gentillesse de mon ami ne me surprenait pas, mais jamais je ne l’avais vu déployer autant de ressources que devant cette femme un peu en peine.

À les écouter, j’en vins à croire que j’assistais à une sorte de rencontre amoureuse. Était-ce possible? Cette jeune femme avait-elle réussi à allumer la flamme de l’amour chez mon ami, un vrai célibataire endurci?

Le tout dura une vingtaine de minutes. La jeune femme se laissa apprivoiser mais sans renoncer complètement à sa prémisse de départ, et mon ami, bon prince jusqu’à la fin, semblait heureux de pouvoir mettre à profit ce qu’il avait lui-même appris au fil de décennies de labeurs.

La fin de la rencontre arriva aussi naturellement que son début. Quand la jeune femme prit congé de nous et quitta la pièce, mon ami se tourna vers moi et me déclara:

– J’aime encourager les jeunes. Il y a tellement de choses qu’ils ne peuvent pas savoir.

Et moi qui croyais avoir assisté à un coup de foudre.