Quand les règles prennent le bord

C’est devenu une routine chaque fois qu’une tuerie majeure a lieu aux États-Unis.

La mort et le sang bouleversent le pays, mais l’horreur s’estompe rapidement. Un débat sur le contrôle des armes à feu retient ensuite l’attention. Quelques jours plus tard, tout cela tombe dans l’oubli. Et au final, rien ne change.

Honnêtement, c’est ce à quoi je m’attendais, le 14 février, lorsque 17 personnes ont été abattues à l’arme automatique dans une école secondaire de Floride.

Mais j’ai eu tort. Aujourd’hui, près de deux semaines plus tard, on en parle encore. Ce n’est pas banal.

Si la tuerie est encore au coeur de l’actualité, ce n’est pas parce qu’elle est plus sordide que les autres, mais bien parce que de nombreux jeunes survivants ont décidé de ne pas accepter le statu quo.

Ils parlent haut et fort en public, ils déplacent de l’air dans les réseaux sociaux et refusent de mettre des gants blancs pour confronter les élus. Leur militantisme est brut et effronté, mais il fonctionne et brasse l’élite.

Le courage de ces élèves américains me fait un peu penser à celui des étudiants de l’Université de Moncton qui ont participé à la révolte de février 1968.

Évidemment, l’élément déclencheur, le contexte social et l’objet du mécontentement des jeunes acadiens à l’époque n’étaient pas du tout les mêmes.

Mais ces deux groupes séparés par un demi-siècle ont en commun un rejet de l’ordre établi et un désir brûlant de changer les choses sans respecter les codes des générations précédentes.

Dans le cas de la révolte de 1968, les jeunes francophones n’ont pas eu gain de cause sur le coup.

Mais en défiant l’establishment, en manifestant dans les rues de Moncton et en livrant une tête de cochon au maire Jones, ils ont brassé la cage et contribué à une certaine prise de conscience collective dont on parle encore aujourd’hui en Acadie.

Qui sait, les efforts des survivants de l’école de Floride auront peut-être des conséquences semblables. On ne peut que le souhaiter.