Comme plusieurs, j’ai attrapé la fièvre des Jeux olympiques. Pourtant, je m’étais dit que j’allais me protéger cette année. Parce que j’ai des sentiments contradictoires par rapport à cette compétition sportive. Fiévreux, ma conscience est altérée et je vois moins clair.

Les Jeux olympiques représentent et célèbrent les plus grandes aspirations humaines: se dépasser, se relever, se réconcilier. La cérémonie d’ouverture m’a fait vivre des moments émouvants avec le défilé conjoint des athlètes des deux Corée, les prouesses pyrotechniques et les chorégraphies sur le thème de la paix. Tout pour nous faire croire à une trêve olympique éternelle.

Les compétitions nous en ont mis plein la vue. Difficile de rester insensible devant cette belle jeunesse. Devant les exploits des athlètes qui ont travaillé pendant des années pour nous donner ce spectacle. Devant la victoire dans l’adversité. Devant la grâce des patineurs artistiques Virtue-Moir, l’agilité des joueuses de hockey, les prouesses des skieurs, etc.

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Or, ce spectacle (parce que c’est aussi ainsi qu’il faut désigner les Jeux) a des côtés sombres. Moins visibles ces jours-ci à cause de la vivacité de la flamme qui fait disparaître les ombres.

Le scandale du dopage de l’équipe russe à l’édition olympique de Sotchi, la surenchère économique pour la diffusion des Jeux, le manque de transparence dans le choix des villes hôtesses. Tout cela (et plus encore) jette du discrédit sur le mouvement olympique. Ce n’est pas de l’huile qu’on jette sur le feu, mais une couverture qu’on jette sur la flamme pour l’éteindre.

L’entrevue donnée par Jean-Luc Brassard aux Francs-tireurs m’a bouleversé et a mis en lumière les contrastes des jeux. Peut-être que tout cela peut coexister. Pour ma part, j’ai réussi à m’approcher de cette conciliation lors de ces Jeux coréens. Ce peuple vit au rythme du yin et du yang fait coexister harmonieusement ce qui est en apparence contradictoire. Cette voie des sagesses orientales peut se rendre jusqu’à nous.

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Ces sentiments par rapport au mouvement olympique, je les ai par rapport au sport. Il fait ressortir ce qu’il y a de plus beau chez nous. Pour les enfants, il permet de jouer pour s’amuser. Les participants apprennent le dépassement et la compétition sans discrimination. Pour les familles, cela permet de créer des expériences mémorables.

En octobre 2016, une conférence mondiale a eu lieu au Vatican sur le Sport au service de l’humanité. Une déclaration de principes qui enchâsse les valeurs de compétition saine a ensuite été adoptée par des associations sportives dont la Ligue nationale et la Ligue de hockey junior majeure du Québec. Le pape lui-même encourage à «mieux apprécier le rôle crucial que jouent le sport et l’esprit sportif pour amener les générations futures à aspirer à l’excellence et à promouvoir les valeurs spirituelles que sont le travail d’équipe, la solidarité et le respect mutuel.»

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À côté de ces éléments positifs, il y a des dérapages. Le sport peut devenir occasion de rivalité malsaine, de jalousie, de mesquinerie. Dans certaines disciplines qui font miroiter des lendemains professionnels, certains enfants vivent par procuration les rêves de leurs parents. À cela s’ajoutent les coûts exorbitants pour des activités qui devraient permettre de s’amuser. Et les conséquences sur la vie familiale d’une telle surenchère.

Au commencement de l’aventure, c’est la bonne volonté des parents et de la communauté qui est à l’œuvre. On ne peut pas critiquer l’amour à l’égard des enfants qui cherche à se manifester. Mais chacun doit identifier cette ligne (parfois ténue) au-delà de laquelle la pratique d’un sport ne répond plus à son idéal. L’identifier pour ne pas la franchir.

Malgré tout, il semble y avoir des paradoxes à tenir ensemble. Sans la passion et le désir d’exceller, le sport reste un loisir qui ne pousse pas à dépasser les limites. Sans idéal d’impartialité et d’honnêteté, le sport peut atteindre des bassesses déshumanisantes. À chacun d’en être conscient. Parce qu’on ne peut pas avoir la fièvre indéfiniment. Sinon, les conséquences peuvent être dommageables.