Un premier ministre caméléon!

La semaine dernière, nous avons pu admirer l’exotisme des photos du premier ministre Trudeau et famille, attifés façon Hare Krishna, mains jointes en signe de recueillement médiatique, prises lors de leur pèlerinage au pays de Gandhi.

Un défilé de mode à ce point étonnant qu’il fit le tour d’une planète toujours aussi curieuse d’apprendre comment s’habiller en voyage.

D’aucuns s’en sont scandalisés. D’autres se sont bidonnés. Enfin, certains libéraux canadiens ont exprimé une frustration à l’effet que l’on puisse oser critiquer «leur» premier ministre.

Bizarrement, s’il était parfaitement normal de ridiculiser l’ancien premier ministre Stephen Harper au moindre pet, vu qu’on ne pouvait pas le sentir, il paraît que le principe ne s’applique pas pour notre adorable petit Justin qui fait de si beaux po’traits! Car il y aurait une limite à taquiner nos vaches sacrées!

À l’instar de son paternel – qui maîtrisait les pirouettes aussi bien dans le dos de la Reine que dans la face du Québec – le premier ministre canadien actuel aime la lumière des flashes et le scintillement des paillettes. Il aime briller de tous ses feux, et c’est tant mieux!

Car plus Justin brille, plus il fait clair tard. L’hiver, c’est très pratique!

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Si le père, rose à la boutonnière, a su injecter dans les us et coutumes du Canada la notion d’un multiculturalisme ambigu, force est de reconnaître qu’une génération plus tard, dans cette gestuelle vestimentaire, son fils pousse la note une octave plus haut en s’élançant tout feu tout flamme dans l’extrême bien-pensance à bâbord devenue un avatar de ce multiculturalisme déconcertant.

Parfois, trop, c’est comme pas assez. Et cette version extrême de la bien-pensance finira un jour par discréditer cette gauche politique officiellement pétrie de «bons sentiments» qu’elle aime tant exposer sur la corde à linge de l’opinion publique afin que le bon peuple puisse applaudir cette apparente générosité d’esprit.

La rectitude politique, qu’elle soit de gauche ou de droite, produit des effets pervers qui ne font qu’accentuer la polarisation sociale, facilitant la montée des populismes auxquels s’abreuve le totalitarisme, qu’il loge à gauche ou à droite. Méditons. L’heure est grave.

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Sans être populiste, le premier ministre canadien rappelle le célèbre personnage Zelig de Woody Allen qui, tel un caméléon humain, prenait l’apparence des personnes avec lesquelles il entrait en interaction, parvenant même, par la magie du cinéma, à s’incruster dans leurs apparitions publiques.

Dans un film, c’est très drôle; mais dans la vraie vie – et ce qui plus est, la vie politique –, ça finit par projeter une image un peu trop caricaturale pour être vraiment efficace.

On veut bien croire que grâce à ces mises en scène il y a des votes à glaner dans certaines communautés culturelles sélectionnées au scalpel, mais il y en a aussi à perdre dans des circonscriptions où triment des électeurs peu impressionnés par ces velléités de séduction.

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Lors des dernières élections fédérales, dès qu’il eut promis de délier les cordons de la bourse pour satisfaire les desiderata de Radio-Canada et de la CBC, on a senti que le premier ministre avait le vent médiatique dans les voiles.

Ça tombait pile, puisque, résolu à déclasser le NPD sur sa gauche – comme lorsqu’on dit: à se faire plus catholique que le pape – il n’hésita pas non plus à promettre en vrac des déficits à gogo, du cannabis en vente libre, ainsi qu’une loi… pour mourir au moment approprié, genre.

Que demander de plus que le nirvana dans votre salon? Que demander de mieux que le paradis à la fin de vos jours?

Autre fait notable de cette campagne, l’annonce de son ambitieux programme d’infrastructures fut saluée d’une danse du ventre brillamment exécutée par de nombreux entrepreneurs hyperactifs de l’Atlantique au Pacifique.

À cet égard, il faut le souligner, selon mes antennes paraboliques, le Niou-Brunswick a pu tirer son épingle du jeu dans ce programme pour des projets liés aux infrastructures régionales et municipales. Et on prévoit que ce programme d’infrastructures pourrait être bonifié lors de la mise en place d’un nouveau Fonds à cet effet prévu début avril. On se croise les doigts et on allume un lampion à Mgr Conway.

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Depuis son arrivée sur la scène politique, notre premier ministre, auréolé d’un nom prestigieux et drapé d’une jeunesse fanfaronne, s’est attiré les flashes du monde entier à cause de sa candeur et de son côté chic décontracté.

Cela dit, après deux ans au pouvoir au cours desquels il n’a lésiné ni sur les excuses historiques, ni sur les larmes cristallines, on peut se demander si notre premier ministre fédéral n’est pas, tout simplement, un joyeux dilettante, c’est-à-dire, quelqu’un qui butine d’une activité à l’autre avec légèreté, au gré de ses fantaisies? À vous de trancher.

Notez qu’on a vu pire. Car il a quelque chose d’attachant, Justin. On sent qu’il possède un réel entregent, qu’il aime communiquer. Il est moins hautain que son père pouvait le paraître, et il est évident qu’il apprend la politique en la faisant, alors que le paternel ne faisait qu’appliquer en politique des principes (souvent controversés!) qu’il avait défendus sa vie durant dans les milieux intellectuels.

Mais, franchement, cette manie de la théâtralisation pourrait lui faire perdre de la crédibilité politique et médiatique, ici et dans le monde. Ce serait dommage parce qu’après l’atmosphère de salon mortuaire de la fin du règne Harper, il était plus que réconfortant de voir apparaître à la tête du pays une personne souriante, enjouée, capable de nous décoincer!

Ça va déjà suffisamment mal sur la planète, tâchons au moins d’élire des personnes qui ont la pêche, comme disent nos arrières-cousins gaulois!

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Cela dit, profitons de l’occasion pour résoudre quelques mystères! Est-ce le premier ministre canadien qui se cache sous les traits de Monsieur Typique à la Foire Brayonne? Le Bonhomme Carnaval sera-t-il enfin démasqué?

Juste laissez-moi savoir (qui est un anglicisme, facile à corriger, pour «tenez-moi au courant»).

Han, Madame?