Dans le vestiaire d’une grande équipe de hockey

En 1989, l’Acadie Nouvelle venait à peine d’annoncer son intention de devenir un quotidien provincial que j’ai fait savoir au directeur de l’information de l’époque, Léopold Poirier, mon intérêt de suivre les activités sportives du Grand Moncton pour le journal.

Évidemment, la possibilité de couvrir sur une base quotidienne les Aigles Bleus de l’Université de Moncton est au centre de mon désir.

Le Bleu et Or, j’ai appris à l’aimer dès mon adolescence en suivant les activités de l’équipe par le biais de L’Évangéline au début des années 1980.

Je lisais religieusement tout ce que l’entraîneur Jean Perron avait à dire sur les activités de l’équipe et je connaissais tous les joueurs sans même jamais les avoir vu jouer.

François Bessette, Rémi Lévesque, Charles Bougeois, Kevin Gaudet, les deux Jean Belliveau (Chico et Dixie), Douglas McGrath, Denis Rochon, Alain Grenier, Benoit Fortier, François Robert, Roch Bois et les autres sont tous des athlètes qui ont forgé mon envie de devenir journaliste sportif.

Claude Lagacé – Archives: Collection de Robert Lagacé
Serge Thériault – Archives: Collection de Robert Lagacé
Serge Pépin – Archives: Collection de Robert Lagacé
Michel LeBlanc – Archives: Collection de Robert Lagacé
Jean Perron et Pierre Giard – Archives: Collection de Robert Lagacé
David Bastille – Archives: Collection de Robert Lagacé
Dany Gauvin – Archives: Collection de Robert Lagacé
Dany Gauvin et Martin Lamoureux -Archives: Collection de Robert Lagacé

En 1989, donc, me voilà à Moncton et bien déterminé à témoigner des exploits et des revers du club au jour le jour. Il faut dire que j’ai un net avantage sur la compétition puisque mon cousin Claude et Louis Melanson, oui oui le Louis Melanson qui est aujourd’hui l’un des meilleurs entraîneurs de golf au Canada, sont parmi mes colocataires.

C’est sans oublier que Donald McGrath, avec qui j’ai habité lors de mon court passage à l’Université de Moncton, et Serge Thériault, l’actuel président du Titan d’Acadie-Bathurst et qui a été un coéquipier de balle molle à Saint-Isidore, y jouent également.

Donald n’habitait d’ailleurs qu’à un kilomètre de la maison avec Sylvain Lemay, Jean-Claude Latour et David Bastille. Tous deviendront évidemment de bons amis. Idem pour Steve Salter, Richard Linteau, qui deviendra lui aussi plus tard un coloc, Alain Harvey et Michel LeBlanc.

Je suis bien conscient que j’étais en conflit d’intérêts aux yeux de plusieurs, mais je vous assure que je n’ai jamais cherché à profiter de l’occasion pour soutirer des informations privilégiées qui ne devaient pas sortir du vestiaire. Je ne cachais d’ailleurs pas aux gars que j’allais être le premier à les critiquer s’ils disputaient un mauvais match.

Le fait est que j’étais de la même génération que les joueurs et que j’en connaissais déjà plusieurs avant même de quitter Caraquet pour Moncton.

Certes, je pourrais vous raconter des tonnes d’anecdotes vécues avec l’équipe cette saison-là. Des très drôles et des moins drôles. Mais ce n’est pas de cela dont je veux vous parler aujourd’hui.

J’aimerais plutôt vous raconter comment j’ai vécu les célébrations qui ont suivi la victoire en finale du Championnat canadien présenté à Toronto face aux Golden Hawks de l’Université Laurier.

Ce jour-là, dans le vestiaire des Aigles Bleus, j’ai vu de mes yeux pourquoi le hockey est notre sport national.

J’ai vu par exemple Dany Gionet pleurer d’émotion. Je me souviens que ça m’avait touché. Dany n’était pourtant pas le gars le plus démonstratif de l’équipe.

J’ai vu aussi Serge Pépin, l’homme à la redoutable garnotte, qui ne cessait de manifester son euphorie, incapable qu’il était de rester en place dans le vestiaire.

J’ai vu Steve Salter, qui sera choisi l’athlète de l’année de l’U de M quelques semaines plus tard, alterner les cris de joie et les rires.

J’ai vu avec fierté mon cousin Claude, un ti-cul comme moi de Notre-Dame-des-Érables, célébrer avec les gars qui ne lui en voulaient aucunement pour la pénalité écopée en fin de match alors que le pointage n’était que de 2 à 1.

J’ai vu David Bastille me sourire les yeux pleins d’eau. Croyez-moi, c’est encore plus beau le bonheur quand c’est un ami qui vous le démontre.

J’ai vu Len Doucet féliciter ses gars un à un avec émotion.

J’ai vu Jean Perron, aussi ému que les joueurs, serrer tout le monde dans ses bras et ne pas cacher sa fierté en discutant avec l’entraîneur adjoint Pierre Giard, qui était justement l’un des soldats de Perron lors des deux conquêtes au début des années 1980.

Et j’ai vu le capitaine Claude Gosselin s’approcher vers moi pour me dire que j’avais aussi joué un rôle important dans cette conquête en tapant parfois sur le clou dans mes écrits afin de motiver les gars. En 33 ans de carrière, Goose est le seul athlète qui peut se targuer de m’avoir pris autant au dépourvu.

Tout ça pour dire que de savoir que ces gars-là seront bientôt d’authentiques immortels me fait apprécier encore plus cette fameuse journée à Toronto où ils m’ont permis d’en voir autant.

Merci et bravo les gars.