Les bonnes lunettes

La première fois que j’ai entendu parler de l’analyse inclusive (on dit aussi analyse comparative entre les sexes), c’était il y a 10 ans et je vous avoue que j’étais d’abord perplexe. Je craignais une autre idée dite progressiste, louable sur papier et totalement inefficace dans la réalité. En fait, le regroupement Femmes Équité Atlantique, m’a ouvert les yeux sur un procédé tout simple mais profondément puissant que je suis ravie de voir adopté dans le récent budget fédéral.

Pour ceux et celles qui se demandent encore ce que c’est que cette chose abstraite, laissez-moi vous en donner un exemple concret: en Atlantique, la majorité des femmes acadiennes et francophones vivent en milieu rural. Si on veut développer un cours, une formation pour l’emploi et qu’on ne prend pas en compte, dans le développement du projet, le manque de transport en commun en zone rurale et les restrictions que cela impose aux femmes, la formation ne sera suivie que par des hommes.

À l’inverse, si on envisage cette problématique au moment de l’élaboration de la formation, on cherchera le meilleur créneau horaire pour l’offrir, on déplacera l’emplacement du cours ou on organisera un service de ramassage des étudiants, donnant aux femmes la possibilité de suivre la formation sur un pied d’égalité avec les hommes.

L’analyse inclusive exige qu’on se pose les bonnes questions au moment de formuler une action, de mettre en place un programme, un projet, une initiative pour toute une population. Elle exige également de bien comprendre le sens du mot «équité»: non, cela ne signifie pas la même chose pour tout le monde, mais plutôt ce qu’il faut pour que chaque personne ait les mêmes chances de réussite.

Si cet engagement du gouvernement fédéral est sérieux et s’il est suivi avec rigueur par tous les ministères, il a le pouvoir de changer bien des choses. Mais il exige un changement de mentalité, la présence accrue des femmes dans les sphères de décisions et des manières concrètes de suivre les progrès de cette nouvelle façon de penser l’avenir.

«L’analyse inclusive, ce n’est que du gros bon sens», me direz-vous, mais malheureusement, le gros bon sens est souvent rare dans les hautes sphères.