Samuel Daigle fait des choix exigeants et interpellants. J’avais hâte de le rencontrer. Le jour où je l’ai rejoint pour coordonner nos agendas, il rencontrait le club Rotary à midi, avait un engagement en après-midi et devait assister au conseil municipal en soirée. En avant-midi, il faisait des pagaies dans son atelier. C’est là que je suis allé assouvir ma curiosité.

Originaire de St-Ignace, Samuel s’est enraciné à Bathurst après ses études en médecine. Il a travaillé à l’Hôpital Régional Chaleur (surtout à l’urgence et en obstétrique) pendant 18 ans. Il a beaucoup aimé sa pratique avec des gens dévoués qui font une bonne job. Mais notre système de santé (basé sur les profits et la rentabilité) l’a déçu et a eu raison de sa passion.

Dès le début de sa pratique professionnelle, il s’était dit que le jour où il irait travailler en reculant, il ferait autre chose. C’est ce qu’il a fait récemment, sans regret. C’est devenu clair pour lui: sa place était ailleurs. Une combinaison de choses lui a fait réaliser qu’il pouvait avoir autant d’impact sur la santé en travaillant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’hôpital.

La majorité des gens font tourner les roues d’un système (économique, législatif, religieux, etc.) et passent à côté de quelque chose de fondamental dans leur mission. Ils se sentent appelés à sortir de cette roue qui tourne sur elle-même. Peu trouvent la force intérieure pour aller de l’avant. La peur et le conformisme prennent le dessus.

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Samuel est passé à l’action. L’an dernier, il a commencé un nouveau chapitre de son histoire: il n’a pas renouvelé sa licence de médecin. Cette fidélité à soi a un prix. J’entends des gens murmurer qu’on a tellement besoin de médecins que c’est dommage d’en voir certains délaisser la pratique traditionnelle. Lui aussi a entendu ces commentaires. Il a pourtant la conviction de pouvoir aider les gens à rester en santé ailleurs qu’à l’hôpital.

Si tous les médecins faisaient comme lui, la situation serait intenable. Mais l’audace de quelques-uns ne peut que désengorger le réseau de l’efficacité et du rendement à tout prix si cher au système de santé. Par quel moyen Samuel valorise-t-il la santé?

Développer le tourisme plein-air s’est imposé à lui. Depuis sa tendre enfance, il se ressource dans la nature. La santé doit emprunter ce chemin pour lui. Il a ouvert une petite compagnie qu’il gère désormais avec sa conjointe Julie (qui vient elle aussi de mettre un terme à sa pratique médicale). Ils veulent montrer la valeur thérapeutique des activités extérieures.

Pour continuer d’enrichir ses connaissances, il donne des conférences dans les écoles, fait la promotion du changement des habitudes de vie et prend un part active dans son milieu. De plus, lui qui n’avait jamais pensé faire de la politique municipale, il a été élu conseiller. Des gens l’ont convaincu qu’il avait une vision à apporter au conseil. Avec d’autres, il s’engage dans des initiatives communautaires pourront revitaliser la région.

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Sa grand-mère avait pensé que le jeune Samuel deviendrait prêtre; elle l’avait «hinté» à regarder dans cette direction. Lui, il cherchait comment faire une différence dans le monde. Il n’a pas fini comme sa grand-mère souhaitait. Peut-être mieux: docteur et prophète!

Dans l’Ancien Testament, il y a deux livres qui présentent le prophète Samuel venu interpeller les dirigeants et le peuple. Dieu parlait au jeune Samuel (celui de la Bible), mais il ne savait pas que c’était Dieu. Ça ressemble au Samuel que j’ai rencontré. Le témoignage de vie du docteur Samuel le rapproche des prophètes vont leur chemin, malgré l’adversité, et interpellent pour le mieux-être. Sa vie permettrait d’écrire un autre livre de Samuel.

J’avais hâte de rencontrer Samuel. Je n’ai pas été déçu. Sa liberté me passionne autant qu’elle m’interpelle. Des gens libres comme lui, j’en ai rencontré quelques-uns au cours de ma vie. Lorsqu’on s’est quitté, on s’est dit que notre prochaine rencontre pourrait se faire sur le sentier Népisiguit qu’il ouvre mille après mille. J’ai hâte.

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Sagesse du prophète et docteur Samuel…

Sur l’importance de vivre sa mission: «Je ne voulais pas me ramasser à 70 ans et me dire “J’aurais dû”. Parce qu’il y a pire que de recevoir un diagnostic de cancer, c’est de réaliser qu’on a passé à côté de quelque chose d’important.»

Sur les nouvelles technologies: Samuel est ambivalent à l’égard des médias sociaux et de tous ces écrans qui nous entourent. Pour lui, c’est un moyen efficace pour rejoindre les gens et véhiculer des idées, mais ça doit demeurer un outil. Son image est juste: «Je n’ai jamais entendu dire qu’un menuisier couchait avec son marteau.»

Sur la situation environnementale, Samuel dit: «Dans le discours environnemental, je n’aime pas dire que la planète a besoin d’être sauvée. Elle va se cicatriser d’elle-même. Il faut en prendre soin pour notre propre qualité de vie». Dans notre milieu, il est celui qui a davantage mis en œuvre l’appel du pape François à tenir compte de l’écologie de la vie quotidienne en créant des espaces de vie harmonieux (Laudato Si, nos 143 ss).

Sur la spiritualité, pas de doute pour lui: «ceux qui sont religieux (peu importe la croyance) ont plus de chance d’être heureux. Pour ceux qui n’adhèrent pas à une tradition religieuse, la spiritualité est un secours inestimable pour le bonheur et le mieux-être.»

Sur le plein-air, Samuel dit qu’il est difficile de déterminer quelles variables sont en jeu (l’ensoleillement, l’air, etc.), mais les études démontrent qu’il y a plus de bienfaits à faire une activité à l’extérieur. Alors, allez jouer dehors! Bonne relâche hivernale!