Une ballerine, un ballerin?

Le mouvement de dénonciation d’abus de pouvoir dont sont victimes les femmes n’a pas fini d’engendrer des répliques. Au début de la semaine, l’une d’elles a émané des coulisses des Grands Ballets Canadiens de Montréal.

Oui, il semble que les ballerines doivent faire plus de pompes (c’est-à-dire de push-ups) que les danseurs de ballet mâles. Du fait de la relative rareté de ces derniers, les directions de troupe tendent à fermer les yeux sur un certain laisser-aller des danseurs mâles dans l’espoir de les garder.

Je rends compte ici d’un reportage de Mélanie Carpentier paru dans Le Devoir de mardi. Les GBC dévoilaient leur programmation de la saison 2018-2019, consistant en une année «Ode à la femme», regroupant six spectacles et huit chorégraphies, dont seulement un sera créé par une femme. En autres mots, il y avait danger de présenter une «ode à la femme» d’un point de vue masculin extra-large.

Le simple fait de dénoncer la situation brise la tradition de silence (c’est-à-dire de non-contestation ouverte) à laquelle sont généralement tenus les membres des troupes de ballet. La plupart des personnes qui ont parlé l’ont fait sous le couvert de l’anonymat par crainte de représailles.

Voilà donc un autre clocher qui s’écroule avec un éboulement de chiffres. Jugez pour vous-mêmes : «sur les 332 chorégraphies du répertoire, 52 étaient signées par des femmes, 269 par des hommes, 7 étaient des créations mixtes…». Pas étonnant que les danseurs mâles soient difficiles à dénicher, ils sont tous en train de diriger les chorégraphies! Typique, n’est-ce pas?

Le danseur étoile italien Ivan Cavallari, directeur des GBC depuis moins d’un an, se déclare surpris de la remise en cause du programme, mais se dit ouvert à la discussion. Il y a donc lieu d’espérer.

Détail plus ou moins utile: je n’ai pas trouvé de mot français pour dire spécifiquement «un danseur de ballet mâle». Le Grand Robert ne les inclut pas (encore) dans la définition féminine sans équivoque du mot ballerine.

C’est mignon ballerin, alors pourquoi pas?