Abdoul Abdi, victime de négligence

Cette semaine, j’ai été très touchée par le sort de Abdoul Abdi, un jeune homme de 24 ans, menacé de déportation vers la Somalie, son pays d’origine, un pays qu’il ne connaît pas puisqu’il l’a quitté à l’âge de six ans et que notre ministère des Affaires extérieures considère comme un des endroits les plus volatiles de la planète.

J’ai longtemps travaillé avec des réfugiés et je connais l’ampleur de la menace que représente ces audiences devant la Commission de l’immigration, ces recours en appel qui prennent des mois voire des années, l’ordre de déportation souvent remis de jour en jour ou de semaine en semaine, jusqu’au moment où on frappe à la porte sans prévenir et que sonne le départ vers l’aéroport.

Ce qui est affligeant dans cette histoire, c’est le sort que le Canada a réservé à ce réfugié arrivé à Halifax légalement avec d’autres membres de sa famille. Jeune difficile, Abdoul Abdi s’est vite retrouvé en foyers d’accueils – 31 placements différents pendant sa jeunesse, soit au minimum un foyer différent tous les 6 mois! Durant cette période, pas un seul responsable aux services sociaux de la Nouvelle-Écosse n’a pensé qu’il faudrait peut-être voir à régulariser le statut de leur charge et faire une demande de citoyenneté en bonne et due forme.

Que le jeune homme n’ait pas été un Canadien modèle, c’est une évidence, puisqu’il vient de purger une peine de cinq ans de prison pour agression. Mais comme on disait autrefois «à tout péché, miséricorde» et surtout, en quoi ses crimes déjà payés par sa détention, devraient-ils mener à son retour en Somalie et à une mort quasi certaine?

L’ordre de déportation s’appuie sur deux faits: le «passé» criminel du jeune homme et sa non-citoyenneté. S’il est, en effet, seul responsable de ses crimes, le fait qu’il ne soit pas citoyen canadien ne relève pas de lui, mais bien de la négligence d’un système censé s’occuper de lui.

Pourquoi Abdoul Abdi devrait-il aujourd’hui être le seul à en faire les frais? Pourquoi la négligence du ministère ne suffirait-elle pas à invalider la décision de la Commission de l’immigration? J’avoue que je ne comprends pas qu’un ministère puisse admettre qu’il a manqué à ses devoirs et que, pour lui au moins, il n’y ait aucune conséquence.