C’est réconfortant de voir la bonté à l’œuvre. De nombreux témoignages ont relayé le souvenir de la jeune Rebecca Schofield qui a invité les gens à donner au suivant en faisait des gestes de bonté. Vous-mêmes, vous pouvez nommer des gens qui inspirent la bonté.

Face aux duretés de la vie et aux drames humains, la bonté me fait croire en l’humain. Dans des situations difficiles, apparemment sans issue, il y a des hommes, des femmes et des enfants qui choisissent de faire primer la bonté du cœur. Ces gens ne sont pas des naïfs qui ignorent les enjeux sous-jacents aux conflits.

Ceux qui prennent le risque de la bonté vivent souvent un combat intérieur. Ils sont conscients de la part d’ombre qui existe chez les autres comme en eux-mêmes. En dépit de cela, ils choisissent la bonté avec la confiance que c’est elle qui aura le dernier mot.

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La bonté peut se vivre dans toutes les situations, dans tous les états. En parlant d’une enseignante, j’ai entendu des parents dire: «Ça, c’est une bonne enseignante!». Et j’ai entendu mes sœurs dire à maintes reprises qu’elles avaient «de bons élèves». Tout comme ma mère disait qu’il y avait de bons patients… et de bonnes infirmières. La bonté peut se retrouver autant chez celui qui donne que chez celui qui reçoit.

Elle se retrouve dans toutes les générations. Dans toutes les classes sociales. Dans toutes les professions. Elle a tendance à nous surprendre. Face à un geste de bonté, quelqu’un peut s’émerveiller en disant: «Il y a encore du bon monde». Comme si le «bon monde» était une espèce en voie de disparition.

Elle nous surprend la bonté. Elle étonne et ouvre un nouvel horizon. Comme une tempête de neige en mars alors qu’on croyait l’hiver terminé. Comme une fine fleur qui perce l’asphalte pour s’élancer vers le ciel. Comme une source qui jaillit d’un rocher.

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La bonté, c’est plus que la charité que l’on pratique et dont on est conscient. Les personnes qui incarnent la bonté agissent souvent de telle manière que la recherche du bien de l’autre est si naturelle que cela fait partie de leur personne. Ils ne tiennent pas compte de ce qu’ils font. Ils le font naturellement, sans aucune autre raison que de vouloir aider.

Je crois que la bonté humaine, c’est le reflet de la bonté divine en nous. Elle peut s’obtenir par une relation avec Dieu qui transmet sa propre bonté. La bonté de Dieu appelle la nôtre. Un chrétien des premiers siècles, Basile, disait: «Tu deviens à la ressemblance de Dieu en acquérant la bonté».

Quelqu’un m’a déjà demandé pourquoi, lors des funérailles, je ne parle que du bien que le défunt a fait. «Nous savons bien que cette personne avait des travers et des bassesses. Pourquoi alors ne parler que de la bonté?» Je fais ce que la plupart d’entre nous faisons. Lorsque quelqu’un nous quitte, nous faisons l’inventaire d’une vie à partir de nos souvenirs. S’il y a eu des échecs et des maladresses, il y souvent une voix qui s’élève pour dire: «Cela est vrai, mais… il y avait aussi des étincelles de bonté».

Ce qui nous survit, c’est la trace de Dieu en nous. C’est lui qui est immortel. Et parmi les attributs divins qui le caractérisent le mieux, il y a la bonté. La bonté d’une personne, comme Dieu, ne peut mourir. C’est ce qu’il reste de nous. Je crois que le mal que nous avons fait meurt avec nous : il est enfoui dans le cœur miséricordieux de Dieu. Ce qui nous survit, c’est la bonté. Vaut mieux alors parler de ce qui nous survit.

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Cette semaine…

Touché par la franchise d’un invité à TLMEP dimanche dernier: «J’aimerais qu’on dise de moi que j’ai été un homme bon. Mais je ne crois pas qu’on le dira, parce que je ne pense pas l’avoir été.» Je me suis reconnu dans cet examen de conscience. Grâce à cette part de soi qui cherche à devenir toujours meilleur, on ne peut qu’avancer.

Rendu grâce pour l’annonce de la canonisation de Mgr Oscar Romero. Voilà le triomphe de la bonté. Assassiné en mars 1980 par la junte militaire salvadorienne, il a été la voix des sans-voix. Par son engagement, il a voulu institutionnaliser la bonté en Amérique latine.

Cherché à être bon en accomplissant mon ministère. J’ai l’intuition que la sévérité est un obstacle à la foi, alors que la bonté lui ouvre une porte. Je préfère qu’on dise d’un pasteur qu’il est trop bon. Cela fait rayonner le Christ qui hésitait même à recevoir le titre de «bon maître» alléguant que «Dieu seul est bon» (Mt. 19).

Vu des enfants jouer dehors pendant la tempête. Chacun voulait être au sommet du fort, prêt à renverser l’autre. Ils sont capables du meilleur et du pire. En eux aussi, déjà, coexistent la tendance à tout garder pour soi et la propension à faire le bien. Qui leur apprendra à mettre la bonté au sommet de tout? Même un enfant peut y parvenir.