Éloge de l’ignorance

Allez, allons-y pour un mouvement d’humeur. Disons que les plus récentes élucubrations du clown de Washington et l’élection de Doug Ford comme chef des conservateurs de l’Ontario, ça fait un peu beaucoup!

Ce qui me hérisse le poil, c’est bien sûr de voir la politique canadienne ressembler, un tant soit peu, à la politique américaine.

Je dis «un tant soit peu» parce qu’il est clair que Monsieur Ford n’est pas raciste, une distinction qui a son importance. Mais à part cette différence, il y a quelque chose de grave dans cette élection et qui me met franchement en colère: c’est d’entendre le même discours populiste: les pauvres «petites» gens dressés contre «les élites», comprenez ici ceux et celles qui ont fait des études, qui ont des diplômes, qui réfléchissent aux grandes questions de notre temps.

Comme si les premiers représentaient un idéal de naïveté et de pureté que le savoir menaçait de corrompre.

Si vous vous dites que je me sens visée, vous avez raison, parce que j’ai toujours pensé que tout succès passe par l’avancement de soi. Mais mes états d’âme n’ont pas grande importance ici. Non, ce qui est plus inquiétant c’est cet amalgame tellement payant politiquement et tellement honteux humainement qui sous-entend que les moins fortunés de notre société n’ont pas deux neurones pour réfléchir et qu’ils n’aspirent pas, eux aussi (ne serait-ce que pour leurs enfants), au savoir, à la connaissance ou à la culture.

Comme si les mots «éducation» et «intelligence» avaient le même sens, que «pauvreté» rimait avec «bêtise» et que la population dite «moins fortunée» rêvait d’un ou d’une ignare à son image pour diriger leur pays.

Ainsi, l’ignorance crasse, le manque de profondeur, de capacité d’analyse et de réflexion seraient en train de devenir des atouts pour ceux et celles qui prétendent nous gouverner? C’est en tous les cas ce que les deux politiciens mentionnés plus haut essaient de prouver, avec brio, je dois l’admettre.

On marche décidément sur la tête! Car si l’ignorance et le manque de discernement deviennent une distinction, nous sommes, collectivement, tout en haut d’une pente très glissante.