Une remontée mémorable

En (presque) 33 ans de journalisme, il y a bien sûr eu des jours qui, par la force des choses, ont marqué davantage ma carrière. Le 28 mars 1999, il y a de cela exactement 19 ans aujourd’hui, est justement l’une de ces journées.

Ce jour-là, le Titan d’Acadie-Bathurst entame la deuxième ronde des séries éliminatoires au Metro Centre de Halifax – aujourd’hui le ScotiaBank Centre – face aux Mooseheads.

Les hommes de Roger Dejoie viennent d’éliminer les Screaming Eagles du Cap-Breton en cinq duels et ils ont espoir de servir la même médecine aux soldats de Robert Mongrain, qui pilotera les Aigles Bleus de l’Université de Moncton quelques années plus tard.

Ils sont pourtant plusieurs à croire que les Mooseheads ont d’excellentes chances de sortir les Guerriers du Nord. Et cela pour plusieurs raisons. D’abord parce que les Mooseheads ont la meilleure défensive du circuit et qu’ils sont frais et dispos après avoir profité d’un laissez-passer pour le premier tour éliminatoire.

Ensuite parce qu’ils n’ont rien à envier au Titan au point de vue talent offensif avec, entre autres, les Alex Tanguay, Ladislav Nagy et Brandon Reid comme chefs de file. Et c’est sans oublier leur big four défensif (Frédéric Bélanger, Jasmin Gélinas, Ali MacEachern, Jeffrey Sullivan) qui formait un solide mur devant le gardien Alexei Volkov.

Le dimanche 28 mars, donc, je suis présent pour assister à cette première partie. Je suis arrivé le jour même à bord de l’un des deux autobus de partisans qui ont fait le trajet vers la capitale néo-écossaise.

Malgré un premier vingt à l’avantage du Titan, le pointage est de 2 à 2 lorsque les deux clubs retraitent au vestiaire. Jules-Edy Laraque et Alain Charbonneau ont marqué.

La deuxième période est toutefois une autre histoire. Roberto Luongo, dans l’un de ses rares matchs difficiles de ces séries, cède trois fois. Heureusement que Jonathan Girard et Mathieu Benoit ont enfilé l’aiguille parce que sinon ce n’est pas avec une priorité de 5 à 4 que les Mooseheads auraient entamé le dernier tiers.

Malgré tout, Halifax parvient à augmenter son avance dès le début de la troisième par l’entremise de l’excellent Nagy.

Mais, alors qu’il ne reste qu’un peu plus de neuf minutes à écouler au tableau et que le Titan tire de l’arrière 6 à 4, Benoît, Marc Bouchard et Ramzi Abid décident de prendre les choses en main. Ils sont partout sur la glace. L’ambiance dans l’aréna est cacophonique. Les partisans du Titan, un peu plus d’une centaine, parviennent à se faire entendre parmi les 9426 spectateurs présents qui encouragent pourtant fortement les leurs.

Bouchard réduit d’abord l’écart à 10:59. Le reste de la période s’annonce épique. Avec seulement 34 secondes à écouler, Benoît y va de son deuxième but pour forcer la prolongation. C’est la folie au banc du Titan.

Puis, le momentum désormais de son côté, le premier trio complète le travail dès la 27e seconde de la prolongation. Benoît, qui d’autre, vient compléter son tour du chapeau en capitalisant sur une passe de François Beauchemin.

Du haut des gradins, j’ai beau vouloir rester neutre devant mon petit (et désuet) portable Tandy, j’ai la patate qui me débat drôlement pendant que je complète mon compte-rendu de la partie. Je suis surtout conscient d’avoir vu un match palpitant dont je me souviendrai longtemps. La preuve, vous êtes en train de me lire.