Chanter et danser Pâques!

Serge ComeauChroniques

Pâques est dans notre cour. Comme une semence remplie de promesse. Il est dans notre bouche. Avec des saveurs de sucre d’érable et de sel marin. Il est dans ma vie. Avec la folle envie de vivre passionnément, autrement et librement.

Je voudrais chanter Pâques. Sur le ton de la joie. Avec des notes hautes qui ne seraient pas aïgues. Et des notes basses qui ne seraient pas graves. Pour exprimer l’humilité de l’espoir, j’aimerais un doux chant. Avec des mots comme promesse, tendresse et plénitude. Pour chanter Pâques, je prendrais le rythme de la baie et la constance du clapotis des vagues au printemps. Et les oiseaux qui viennent d’arriver comme solistes.

Je voudrais danser Pâques. Avec la légèreté des pas des femmes qui courent sur les montagnes de Judée après avoir découvert le tombeau vide. Exceller la chorégraphie pour imiter la valse des oies blanches bravant le vent. Étreindre l’autre pour évoquer la rencontre amoureuse entre la toute belle et son bien-aimé. Montrer la passion pour que tous y croient comme Virtue et Moir lorsqu’ils dansent sur la glace.

Je voudrais jouer Pâques. Comme un acteur qui change de peau. Sur une scène installée au milieu du village. Avec le soleil comme projecteur et des mèches de nuage en plein ciel. Avec le quai en arrière-plan. Pour dire que nous sommes faits pour avancer en eaux profondes. Pour dire que la pêche miraculeuse, c’est aussi pour nous. Pour dire que nous sommes faits pour l’autre rive. Je voudrais jouer devant et pour les miens. Chez-moi. C’est ici ma Galilée!

Je voudrais tweeter Pâques. Mais comment dire un si grand mystère en moins de 140 caractères? Même le mot «résurrection» me semble long. D’autres avant moi ont réussi: depuis le kérygme de Paul (Christ est mort pour nos péchés, Dieu l’a ressuscité et nous en sommes témoins) jusqu’à la manière de se saluer en Russie au matin de Pâques (Christ est ressuscité! Il est vraiment ressuscité!). Pâques, ça s’écrit difficilement; ça s’expérimente!

Je voudrais vivre Pâques. Dans un monde qui laisse éclater la puissance de résurrection qui l’habite au lieu de se replier dans ses peurs. Au sein d’une création qui est accueillie comme un cadeau de Dieu au lieu d’une ressource à exploiter. Parmi des peuples qui se prennent par la main au lieu de chercher constamment à s’élever au-dessus des autres pour étaler son pouvoir.

Je voudrais célébrer Pâques. Pour que ce soit authentique en Église, il faudrait que les chrétiens soient davantage le reflet du Ressuscité. Avec un air de Pâques au lieu d’une face de carême. Qu’ils puissent apprécier et se réjouir des fruits des autres au lieu de se nourrir de commérage et de jalousie. Que les manches soient retroussées pour pétrir la pâte avec le levain, pour lutter avec les pauvres, pour se salir les mains au contact de la terre. Comme je voudrais que l’ivraie soit moins envahissante dans le champ de l’Église. Que les fleurs poussent sur la pierre des cœurs.

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C’est ainsi que je voudrais Pâques cette année. Mais je ne suis pas chanteur. Ni danseur. Encore moins acteur ou tweetos! En 2018, les réfugiés et les affamés de justice rappellent cruellement le chemin à parcourir pour que le monde soit une civilisation d’amour. La désertion des églises révèle qu’une multitude n’y a pas trouvé des raisons d’espérer; l’Église a une longue route devant elle pour correspondre au Royaume prêché par le Nazaréen.

Ce que je voudrais pour Pâques est loin de ma réalité. Or, ma vie ressemble à celle de tout le monde. Elle est traversée par le désir d’une autre vie qui serait, celle-là, enivrante, passionnante, abondante et éternelle. Dans un monde et une Église qui seraient le reflet de mes rêves d’habiter une Maison de lumière et de paix.

Cette envie me fait avancer. Elle me dit qu’il doit y avoir autre chose qu’ici et maintenant. Cette envie me fait espérer en la résurrection où je serai chanteur et acteur dans un monde où chacun pourra danser.

Ma résurrection, elle arrivera au dernier jour. Elle arrive aussi à chaque jour. Un peu. Presqu’imperceptiblement. Je le sais. Je le sens. Ma foi a la précarité des semences du printemps. Seigneur je crois. Mais augmente Pâques en moi.