Au revoir là-haut: élégant, épique et poétique

Patrice CôtéChroniques

Quand on adapte au cinéma un roman qui a remporté un prix Goncourt, les chances de ne pas répondre aux attentes du public sont très grandes. Le réalisateur Albert Dupontel a toutefois su éviter les tirs d’obus et de mortiers et nous offre, avec Au revoir là-haut, un classique instantané du cinéma français moderne.

C’est en 2013 que l’écrivain Pierre Lemaitre a remporté le prix le plus prestigieux de la littérature francophone avec Au revoir là-haut, un roman sur la Première Guerre mondiale qui traite à la fois de cynisme et d’optimisme.

L’oeuvre s’est depuis vendue à plus d’un million d’exemplaires.

Presque un an jour pour jour après la sortie du roman, Dupontel a annoncé qu’il en faisait l’adaptation au cinéma.

Le projet, déjà sous le feu des projecteurs, a évité l’abîme quand le Belge Philippe Lanners – qui devait incarner un des deux personnages principaux – a dû déclarer forfait, prétextant la fatigue.

C’est donc Dupontel lui-même qui s’est glissé dans la peau de l’ex-soldat Albert Maillard.

Le réalisateur-comédien peut dire mission accomplie. Son film est à la fois léger et engagé, sombre et coloré, lourd et insouciant.

L’après-guerre

Maroc, 1920. Albert Maillard est interrogé par la police après avoir été arrêté.

Il entame alors un long récit, qui tire son origine deux ans plus tôt, à la toute fin de la Première Guerre mondiale.

Lors d’un assaut, Albert est enseveli par des éclats d’obus. In extremis, le jeune Édouard Péricourt (Nahuel Pérez Biscayart) lui sauve la vie. Malheureusement pour Édouard, il est au même moment gravement blessé.

Défiguré par l’accident, Édouard refuse de réintégrer la société, craignant le jugement de son père, un homme rustre et riche de Paris.

Albert a alors l’idée de trafiquer les dossiers de l’armée, déclarant frauduleusement la mort d’Édouard.

Une fois Édouard sorti de l’hôpital, les deux hommes s’installent dans un logement rustique, l’argent étant difficile à gagner.

Édouard reprend lentement le goût à la vie et cache son visage abîmé derrière des masques excentriques qu’il fabrique.

Désanchantés du sort que leur pays réserve aux anciens combattants, les deux hommes montent alors une arnaque ambitieuse afin de s’enrichir rapidement.

Leur combine fonctionnera au-delà de leurs espérances. Jusqu’à ce que le père d’Édouard, victime de l’arnaque, utilise ses immenses moyens pour retracer ceux qui ont osé le rouler dans la farine…

Magnifique

Visuellement, Au revoir là-haut est un film magnifique. Dupontel a recréé un Paris de l’après-guerre éblouissant et il n’hésite pas à sortir des sentiers battus avec sa caméra (notamment avec de brillants jeux de miroir).

Les colorés masques d’Édouard ajoutent une touche bienvenue d’extravagance et de surréalisme.

La plus grande réussite du réalisateur est toutefois sa reconstitution d’une violente bataille de tranchées en début de film. Une scène plus intense que n’importe laquelle tirée d’un film de super héros – je le jure!

C’est la complexité du tournage de la bataille en question qui m’a toutefois renversé. La préparation du terrain est impeccable et le tout est tourné en partie à vol d’oiseau. Tout ça sans les millions de dollars et les super ordinateurs de Hollywood.

Du grand cinéma.

Cynique et lumineux

Reste qu’au-delà de l’apparence, si Au revoir là-haut fonctionne, c’est en raison de son  ton, de sa poésie, de son imprévisibilité et de son ingéniosité.

Dupontel est très bon dans le rôle du soldat mal à l’aise en société et Pérez Biscayart est encore meilleur dans la peau de l’estropié – qui s’exprime par grognements et mimiques.

Leur synergie est parfaite et c’est dans les moments légers qu’ils excellent.

Parce que malgré son cynisme et la lourdeur des thèmes abordés (corruption, manipulation), l’oeuvre de Dupontel est d’abord et avant tout un film lumineux qui démontre que la guerre, malgré ses horreurs, peut engendrer la beauté.

C’est un film sur l’amitié, la compassion, l’ingéniosité, l’acceptation et le pardon. Le tout enveloppé de magie et de poésie.

Élégant, épique et émouvant.

FICHE TECHNIQUE: AU REVOIR LÀ-HAUT

  • Version originale: Au revoir là-haut
  • Genre: drame
  • Budget: 23 millions $
  • Durée: 117 minutes
  • Une production des studios: Gaumont
  • Réalisateur: Albert Dupontel
  • Scénario: Albert Dupontel (adapté du roman de Pierre Lemaitre)
  • Avec: Nahuel Pérez Biscayart, Albert Dupontel et Laurent Lafitte
  • Partage l’ADN de: Suspect de convenance (1995), e Vilain (2009) et Je ne suis pas un salaud (2015)
  • On aime: la beauté humaine qui se dégage de l’oeuvre et l’incroyable scène de guerre d’ouverture
  • On aime moins: quelques longueurs et les heureuses coïncidences
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:  4
    • Qualités visuelles:  5
    • Jeu des comédiens:  5
    • Originalité:  4
    • Divertissement:  4
    • Total: 22 sur 25