Chances égales pour tous

Les membres du Parti libéral ont pris un tas de positions plutôt à gauche, samedi lors de leur congrès des politiques.

Équité salariale dans le privé, revenu de base garanti, investissements supplémentaires en santé et dans les services de garde; on se serait cru chez les néo-démocrates.

Qui sait, ce n’était peut-être qu’un feu de paille. On verra si de grosses pointures libérales ramèneront la formation avant la présentation de son programme électoral.

Cela dit, le discours prononcé par le premier ministre peu après l’adoption de ces résolutions laisse entendre qu’il est au diapason avec ses militants.

Pendant une bonne demi-heure, Brian Gallant s’est affairé à défendre son bilan, à parler de son progressisme et à argumenter qu’il est l’antithèse du gros méchant loup conservateur qu’est Blaine Higgs.

À plusieurs reprises, il a même appuyé ses propos en parlant de l’importance des «chances égales pour tous».

C’était frappant de le voir sortir cette référence lourde de sens à moins de six mois des élections, dans un discours si important pour sa base militante.

Quand on entend ces mots, on pense tout de suite au grand programme de réforme sociale de Louis J. Robichaud. Ce n’est pas banal de s’en servir ainsi.

Vous me répondrez peut-être que Brian Gallant s’adressait à un auditoire conquis d’avance et qu’il ne parlait pas du tout à l’ensemble de la population.

Peu importe, j’ai beaucoup de difficulté à ne pas voir son discours comme un signal que les libéraux ont l’intention de mener une campagne centriste… mais avec des pans résolument gauchistes.

Si l’on prend un peu de recul et que l’on regarde cela d’un point de vue stratégique, cette direction pourrait porter ses fruits dans le contexte actuel.

On se souvient que le NPD est en reconstruction et qu’une partie de sa base –qui représente encore une minorité alléchante pour les autres partis– est sans doute une proie facile en ce moment.

Qui sait, le virage à gauche signalé le week-end dernier à Bathurst pourrait permettre aux libéraux de se faufiler avec la victoire dans certaines circonscriptions chaudement disputées aux progressistes-conservateurs.