La miséricorde: un appui

Serge ComeauChroniques

Huit jours après Pâques, c’est le dimanche de la miséricorde divine pour les catholiques.

Autrefois, on désignait plutôt ce dimanche de «Quasimodo» ou in albis pour évoquer le vêtement blanc des nouveaux baptisés de Pâques. C’est saint Jean-Paul II, en l’an 2000, qui a privilégié cette journée pour méditer sur la miséricorde.

À quelques reprises, j’ai essayé de trouver un symbole pour évoquer cette caractéristique de Dieu et de la vie chrétienne qu’est la miséricorde. Or, pour illustrer la miséricorde, il n’est pas nécessaire de solliciter notre imagination. Un objet représente bien ce qu’elle est. Et il porte même son nom.

Le siège du moine, lorsqu’il est relevé, présente un appui qui porte le nom de «miséricorde». Le moine peut donc se reposer en s’assoyant sur la miséricorde, tout en restant debout. En position debout, lorsque les genoux du moine fléchissent, il peut se reposer sur la miséricorde qui lui donne un appui solide.

Vous l’aurez compris: la miséricorde est pour ceux qui choisissent de se tenir debout. Lorsqu’on est assis, elle n’a aucune importance. Il faut oser se lever.

Il en va de même dans la vie. Ceux qui choisissent de se tenir debout, de mener une vie droite, de suivre la voie juste pour mener leur vie se rendent compte que la vertu tant recherchée n’est pas toujours au rendez-vous. Lorsqu’il nous arrive de fléchir, il est nécessaire de s’appuyer sur la miséricorde.

+  + +

Toute personne qui cherche à mettre en pratique l’enseignement du Christ se rend compte de son exigence. Peu de maîtres sont allés aussi loin sur le chemin de la perfection.

Lorsqu’il parle d’amour, il demande d’aimer ses ennemis. Lorsqu’il parle de justice, il demande de faire plus que ce qui est requis. Lorsqu’il parle de vérité, il dit de tout mettre au grand jour.

Les paroles de Jésus sont fortes et sans détours: «À celui qui te frappe sur une joue, tends aussi l’autre. Si quelqu’un te demande de faire un mille avec lui, fais-en deux. Donne à qui te demande.»

Paradoxalement, malgré l’exigence de ses paroles, Jésus se montre miséricordieux comme nul autre. Au mauvais larron, il dit «Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis.» À la femme accusée d’adultère, il dit «Je ne te condamne pas. Va et désormais, ne pèche plus.»

Les exigences de Jésus vont de pair avec sa miséricorde. Sans les exigences, la miséricorde n’a plus sa valeur. Et sans la miséricorde, les exigences ne sont plus tenables. Nous devons tenir ensemble ces deux réalités: les exigences et la miséricorde.

Le moine qui ne choisit pas de se tenir debout n’a pas besoin de sa miséricorde. De même, un disciple qui ne choisit pas le chemin de la perfection n’a pas besoin de la miséricorde.

+  + +

À la suite de saint Jean Paul II, le pape François mise beaucoup sur la miséricorde. Au début de son pontificat, il a proclamé une «année de la miséricorde». À cette occasion, des portes avaient été ouvertes dans de nombreuses églises à travers le monde.

À travers le geste symbolique de franchir une porte de la miséricorde, les pèlerins exprimaient leur désir de faire un passage par le Christ (qui se présente comme la porte). Ces portes saintes se sont refermées. Ce qui reste ouvert à tout jamais, c’est le passage vers la miséricorde.

D’ailleurs, aucune porte fermée n’empêche le Christ d’agir. Au temps de Pâques, il va à la rencontre de ses disciples, alors que ces derniers avaient verrouillés toutes les portes du lieu où il se trouvait. Il entre et il exprime une conséquence de la miséricorde: «La paix soit avec vous».

Alors que l’octave pascale se termine, voici le temps de savourer la joie sereine et la paix bienfaisante célébrées avec allégresse depuis la nuit de la résurrection.