Le pire des cauchemars

Le pire des cauchemars est arrivé. Un tragique accident dans ce qui devait, au départ, être un trajet banal en autobus entre deux villes de hockey. Plusieurs morts. Des blessés dans un état critique. Le choc.

Les images aériennes de ce qui reste de la collision entre un camion-remorque et l’autocar des Broncos de Humboldt nous ont effrayés. La violence de l’accident est incroyable. Dans ce malheur innommable, on se surprend même à penser à un petit miracle qu’il y ait eu des survivants.

Depuis samedi, la planète hockey fonctionne «sur le pilote automatique». Les matchs semblent soudainement perdre de leur importance alors que le printemps est normalement synonyme de séries, d’intensité, de championnat.

Ça remet les priorités à la bonne place.

Chaque année, des athlètes prennent la route pour aller disputer un match ou une compétition, puis revenir. Ça se fait des milliers, sinon des millions de fois. Les parents laissent leurs enfants au bon soin de l’équipe, qui a la responsabilité de les mener à bon port et à les ramener sains et saufs.

Les premières fois, nous cachons bien notre inquiétude. Et s’il arrivait quelque chose? Puis, la routine s’installe. On les laisse à l’entrée de l’autobus, on se fait signe de la main machinalement, on leur souhaite un bon match ou une bonne compétition, ils montent à bord. La porte du gros véhicule se referme et les voilà en route.

Quelques heures plus tard, nous faisons cette routine inverse. Ils arrivent, débarquent, lancent leur poches dans le coffre, sautent dans la voiture épuisés, disent à peine un mot, entrent dans la maison, laissent tout dans le vestibule, se dirigent directement à leurs chambres et vont s’effondrer dans leurs lits. Et nous dormons l’esprit en paix.

Combien de fois ce type de tragédie a-t-il été évité sans qu’on s’en rende compte? Il suffit d’un kilomètre/heure de plus ou de moins pour échapper au destin… ou y faire face.

Depuis samedi, la communauté d’Humboldt pleure ses Broncos. Elle est assommée. Elle est brisée. Elle ne comprend pas. Elle aussi est «sur le pilote automatique».

S’il y a du monde qui peut comprendre ce que vivent actuellement ces parents, ces amis, ces partisans de leur équipe de hockey junior ou encore ce conducteur marqué pour la vie, c’est bien nous. Justement, car il y a 10 ans, c’était nous, c’était Bathurst. C’était les Boys in Red…

La semaine sera horrible pour eux, c’est indéniable. Pendant les prochains jours, ils bénéficieront du réconfort d’un pays tout entier, du monde tout entier. Ils puiseront leurs énergies dans toutes ces marques de soutien et de condoléances.

C’est après qui sera le pire. Lorsque nous passerons à autre chose. Lorsque la tragédie, aujourd’hui à la une de tous les médias, ne sera plus qu’un entrefilet dans un coin perdu d’une page ou d’un site. Lorsque nous rappellerons le souvenir de ces morts, l’espace de quelques heures, dans cinq ou dix ans. Lorsque la communauté d’Humboldt reprendra le cours normal de ses activités.

On ne se remet jamais totalement de ce genre de tragédie. Parlez-en à la communauté de Bathurst.

Oui, c’est le pire des cauchemars. Soyons de tout coeur avec Humboldt.