Les enjeux de la prochaine campagne électorale provinciale

BERNARD THÉRIAULT

Depuis l’élection de 2010, les Néo-Brunswickois votent à des dates fixes, ce qui a changé considérablement la dynamique électorale.

Cette année, c’est le 28 septembre que les Néo-Brunswickois sont appelés à choisir un nouveau gouvernement. Première conséquence de cette année électorale: l’ajournement de la session le 16 mars, alors que généralement on siège jusqu’en juin. Même si les députés conservateurs vont se plaindre de cette fin de session précipitée, ils sont tous contents d’être de retour dans leur circonscription afin de préparer le terrain pour l’ultime bataille de l’automne prochain.

Alors que les électeurs néo-brunswickois se montraient très traditionnels dans leur façon de voter, les choses ont considérablement changé depuis quelques élections. À titre d’exemple, on a toujours permis aux partis politiques élus dans l’histoire de la province d’obtenir un deuxième mandat, jusqu’à la défaite du gouvernement de Shawn Graham en 2010. Les conservateurs se sont également vus montrer la porte en 2014, et la prochaine élection montrera si les choses vont changer.

Pour l’instant, c’est une campagne différente des autres à laquelle on risque d’assister cet été. D’abord, les sondages ont toujours placé les libéraux en tête depuis l’élection de Blain Higgs, mais il faut surtout que les rouges ne prennent rien pour acquis.

La polarisation des sièges entre le Nord et le Sud voient les partis se positionner pour conserver leurs acquis d’une part, et faire quelques gains dans le territoire ennemi. Chez les libéraux, la campagne de séduction se situe à Saint-Jean, où on se doit absolument d’y faire des gains, alors que les conservateurs peinent à trouver des candidats dans beaucoup de régions du Nord.

À cette fin, le comédien Robert Gauvin annoncerait cette semaine qu’il veut être candidat pour les bleus dans Shippagan-Lamèque-Miscou. Même si, à première vue, ceci apparaît comme un grand coup, il faut se rappeler que celui-ci habite à Moncton depuis près de 25 ans, et à part le fait de rire des gens du Nord dans ses revues humoristiques, il n’a jamais vraiment manifesté beaucoup d’intérêt pour sa région natale. Si le Nord n’est pas assez bon pour y rester, pourquoi vouloir représenter la région?

Pour les libéraux, on doit admettre que le premier ministre Gallant a réussi là ou ses prédécesseurs ont failli en bâtissant un partenariat véritable avec Ottawa, conduisant ainsi à des investissements historiques dans notre province. Il sera tentant pour les électeurs de continuer sur cette lancée, au moins pour un autre mandat.

Chez les conservateurs, de toute évidence, au dire même de Jeannot Volpé, Blain Higgs n’a jamais réussi à s’imposer autrement que comme politicien local de Saint-Jean. Il était même inquiétant, cet hiver, de lire les éditoriaux du Telegraph Journal réclamant la fin du régime fiscal au Nouveau-Brunswick, qui selon eux est injuste pour la ville de Saint-Jean.

Bref, il nous faudra choisir entre un gouvernement libéral qui, malgré les obstacles, semble naviguer dans la bonne direction, et un parti pour qui seule la région de Saint-Jean semble compter. À vous de choisir!

JEANNOT VOLPÉ

Que doit-on demander aux différents partis politiques ainsi qu’à leurs chefs durant la prochaine campagne électorale?

Personnellement je vais voter contre les chefs de partis qui se livreront à des guerres de promesses électorales, qui ajouteraient une pression financière sur une province déjà surtaxée et surendettée. Je vais favoriser un chef de parti intègre et honnête qui s’engage à livrer les services gouvernementaux requis à un prix que l’on peut se permettre sans s’endetter davantage. Le chef de parti devrait aussi s’engager, comme le faisait d’ailleurs Frank McKenna, à venir lui-même publiquement expliquer les raisons en cas d’erreur de son gouvernement au lieu de se cacher derrière les fonctionnaires comme le fait si bien Brian Gallant.

Selon Krista Ross, PDG de la Chambre de commerce de Fredericton et qui parle au nom de différents groupes dont le Conseil économique du N.-B., les électeurs devraient voter pour la croissance économique.

D’ailleurs ces groupes qui représentent des entreprises de partout en province ont établi cinq priorités qui permettraient à celles-ci de croître et se développer:

1) Le gouvernement devrait s’engager à faire du N.-B. le meilleur endroit pour établir et grandir une entreprise. Un taux d’imposition et de taxes ainsi qu’une réglementation qui crée un climat propice à la création d’emplois.

2) Un développement responsable de nos ressources. Créer une réglementation stable et avec des délais prévisibles pour les entreprises.

3) Le gouvernement doit prendre un rôle actif afin d’aider les entreprises dans les marchés d’exportations. Aider à diversifier les marchés d’exportations.

4) La province doit étendre et diversifier sa force ouvrière afin de retenir nos jeunes. L’accès à une force ouvrière est primordiale afin que les entreprises s’établissent et se développent.

5) Le prochain gouvernement devra faire une priorité de gérer sa dette. Les contribuables ont atteint la limite de ce qu’ils et elles peuvent se permettre en taxes et en impôts. Il devra y avoir une meilleure gestion des dépenses. Investir dans des projets qui démontrent des retours sur l’investissement.

L’élection de 2018 au N.-B. pourrait bien être la dernière chance qu’aura la population d’éviter un désastre financier.

D’ailleurs, quelques signes précurseurs déjà observés ne sont pas encourageants.

Après avoir atteint un sommet à la fin de 2014, les investissements totaux des entreprises sont à la baisse de 17% au Canada. Les investissements du secteur privé dans les usines de transformation sont en baisse de plus de 23%, alors que les investissements dans la machinerie et les équipements sont en baisse d’environ 7%. En 2017 le Canada se classait au 16e rang sur 17 pour ce qui est des investissements des entreprises comparativement à une 8e position sur 17 entre 2009 et 2014. De plus les investissements au Canada, par des entreprises de l’extérieur, sont passés de 71,5 milliards $ en 2013 à 31,5 milliards $ en 2017, une réduction de 56%.

Pensez à vos enfants et vos petits-enfants avant de faire votre choix, car ils devront payer pour.