Touché en plein coeur

Il y a beau avoir plus de 3000 kilomètres entre Moncton et Humboldt, on ne peut qu’être touché en plein coeur par ce qui vient se de se passer sur cette autoroute maudite en Saskatchewan.

Toute personne qui est montée un jour à bord d’un autobus avec une équipe de hockey a tôt ou tard imaginé se retrouver impliqué dans ce genre d’accident, qu’on parle de joueurs, d’entraîneurs, de soigneurs, de préposés à l’équipement ou de journalistes.

Je n’ai jamais vécu de tragédie semblable, mais j’ai connu ma part de moments inquiétants durant d’interminables voyages en autobus.

Un me vient particulièrement en tête.

Il y a une dizaine d’années, l’entraîneur-chef des Aigles Bleus de l’époque, Robert Mongrain, m’avait invité à me joindre à l’équipe pour un voyage à Wolfville, alors que son équipe disputait un match de série contre les Axemen de l’Université Acadia.

Rien à signaler entre Moncton et Wolfville, sauf une victoire du Bleu et Or contre ses rivaux de toujours.

Sur le chemin du retour, j’avais pris place à ses côtés dans le premier banc en avant. Pas derrière le chauffeur, mais directement face à l’asphalte qui défilait à une vitesse vertigineuse. La seule chose qui me séparait de cette route inhospitalière, c’était le pare-brise.

Quand l’autobus s’élance sur l’autoroute, des dizaines de scénarios défilent dans notre esprit.

Une quinzaine de minutes après le départ de Wolfville, la neige commence à tomber. Et elle se fait de plus en plus dense.

À certains moments, on peut sentir le mastodonte tanguer légèrement à gauche et à droite. On sent bien que les pneus usés n’ont plus leur mordant d’antan.

Robert Mongrain, habituellement très jovial, même exubérant, ne parlait pas beaucoup. Celui qui était habituellement un véritable bout-en-train scrutait la route, l’air songeur. Le coach était visiblement nerveux.

Et tout le monde autour de lui l’était aussi.

À un moment donné, le chauffeur, lui-même muet depuis le départ, sort enfin de son silence.

«Ouain, ça commence à être glissant.»

Dans les premiers bancs, tout le monde se regarde et une inquiétude se lit sur les visages. La tension monte d’un cran.

Assis sur un banc juché à plusieurs pieds dans les airs, sans ceinture de sécurité, la panique n’est qu’à une petite secousse de plus. On se dit que si on heurte un autre véhicule, on passe à travers le pare-brise et c’est terminé, merci bonsoir.

Chaque fois que l’autobus balance de gauche à droite, on a un petit pincement au coeur. Un peu comme quand on traverse une zone de turbulences en avion.

Fort heureusement, nous sommes arrivés à bon port sain et sauf ce soir-là. Mais c’est le genre d’expérience dont on se souvient longtemps.

On peut juste imaginer les souvenirs qu’auront les survivants de la tragédie de Humboldt…