Pomme de route?

Ma laveuse offre plusieurs programmes de lessive. La plupart me sont inutiles – c’est rare que je lave juste un baby-doll à la fois –, mais le fabricant a multiplié les pitons électroniques croyant sans doute mousser ma félicité domestique. Yéé.

Les gouvernements sont comme ça également. Ils n’ont qu’une obsession: gonfler notre bonheur comme on gonfle un ballon à l’hélium. En période électorale, ils en rajoutent un peu, pouf, pouf, et encore un ti-peu, pouf, en espérant que la balloune ne leur pétera pas dans la face le jour du scrutin!

Oui, tout ce que les gouvernements font, toutes les politiques qu’ils adoptent, tous les programmes qu’ils lancent, tout, tout, tout ne vise qu’à rendre le citoyen plus heureux, plus riche, plus en santé, plus éduqué, plus comblé.

Bref: les gouvernements s’échinent à nous faire grimper les divers paliers de la célèbre pyramide de Maslow, du nom du psychologue américain humaniste Abraham Maslow, décédé trop vite en 1970, alors que ma moustache n’avait qu’un an, zut.

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La pyramide de Maslow est une théorie qui définit les cinq degrés de besoins de l’être humain: les besoins physiologiques, le besoin de sécurité, le besoin d’appartenance, le besoin d’estime, le besoin de s’accomplir.

Pour nos besoins physiologiques, les gouvernements s’assurent qu’on respire, qu’on mange, qu’on boit, qu’on dort, qu’on baise, qu’on reste en vie, quoi. Des citoyens vivants, c’est plus pratique pour empocher des taxes.

Pour notre besoin de sécurité, on nous fournit les flics, l’armée, les feux rouges, les pistes cyclables, les soins de santé, les pensions de vieillesse. Pis la neuvaine à Sainte-Anne.

Pour le besoin d’appartenance, on a les fêtes nationales, la coupe Stanley, la danse à claquettes, les films américains, les mets chinois, les voyages dans le Sud et les ployes de la Foire Brayonne.

Pour le besoin de l’estime, on bénéficie du Strip-poker, de la semaine du bénévolat, des défilés de la fierté gay, des touristes du Québec, des «j’aime» sur Facebook et du Gala des Éloizes.

Et pour assouvir notre besoin d’accomplissement, il nous reste le meilleur: fumer du pot en votant pour ces gouvernements en signe de gratitude infinie!

Non, mais, la vie est-tu pas ben faite?

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NOTE. Ne pas confondre la théorie de Maslow avec la théorie de Pavlov qui prétend qu’on est conditionné: on entend la cloche, et bing!, on a faim! On salive comme des affamés.

Un peu comme au déclenchement des élections.

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Dieu merci, les gouvernements ne sont pas des illuminés comme ces géniteurs de théories psychologiques!

Prenez, par exemple, au Niou-Brunswick, jamais un gouvernement n’aurait l’idée de vendre Énergie NB sous prétexte de stimuler le bonheur économique des citoyens! Ce serait un aller simple pour les oubliettes!

Jamais un gouvernement n’aurait l’idée d’augmenter la taxe foncière en se fiant négligemment sur des données ambiguës susceptibles de fausser l’évaluation des bâtiments visés. Jamais!

Jamais un gouvernement ne grimperait se cacher derrière les fleurs de la tapisserie dès qu’une question linguistique litigieuse r’tontit sur la place publique francophone. Jamais!

Jamais un gouvernement ne proposerait de privatiser le programme de soins de santé extra-mural quand absolument personne ne veut entendre parler de cette politique socialement menaçante. Jamais!

Non, jamais, car ce serait la révolution électorale! Ce serait un scandale dans les urnes! Ça rugirait dans l’isoloir!

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Toutefois, le Gallant gouvernement n’a pas à se faire du souci pour la prochaine élection: pour lui, l’affaire est dans le sac à malices. Car l’Acadie est avant tout libérale. Ça lui donne une longueur d’avance.

En vérité, je vous le dis, le Gallant premier ministre peut dormir sur ses deux oreilles. Mais pas sur les deux oreilles en même temps, car ça donne mal au cou. C’est mon ostéopathe qui m’a dit ça, la fois que je m’étais déboîté le pelvis en risquant un limbo rock sur une toune de Cayouche.

Par souci de transparence charismatique, je dois quand même préciser ici que je suis nul en matière de prévisions électorales. Et même en matière de prévisions tout court. Si j’annonce qu’il va faire beau, sortez votre parapluie!

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Ces considérations de haute philosophie politique me viennent en tête parce que j’entends et lis beaucoup de trucs, depuis quelques semaines, à l’effet que les élections provinciales étant désormais prévues à date fixe, les gouvernements et les formations politiques seraient déjà sur le pied de guerre à quelques mois de ce scrutin. C’est la pluie des promesses!

La chose semble étonner. Pourtant, je ne vois pas ce qu’il y a d’extraordinaire à préparer ce grand rendez-vous. Ayant participé de l’intérieur à une campagne électorale provinciale corsée, je peux, avec la plus grande des solennités, affirmer un truisme: tout parti politique aspirant au pouvoir doit promettre mers et mondes aux électeurs s’il veut gagner son pari.

Un truisme, c’est une évidence. Ce sont des synonymes. Car c’est bien beau «fêter» la semaine de la francophonie, mais où irions-nous sans synonymes, sans euphémismes, sans métaphores, je vous le demande? On répéterait toujours la même chose avec les mêmes mots. On ne serait plus des francophones, on serait des perroquets!

Un authentique francophone ne doit pas craindre de sortir sa langue et ses zeugmas! Sinon, pourquoi aurait-on inventé le «french kiss»?

Allez, tous en chœur : HYPERBOLES ÉGALES POUR TOUS!

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Bon, avant de tomber dans l’hypotypose ou en apoplexie, je ne sais plus trop, revenons sur terre. Sur la bonne vieille terre électorale rouge et bleue, avec des ti-picots verts et orange.

Oui, à quelques mois des élections prévues fin septembre, les partis politiques commencent à nous chanter la pomme. Normal, l’automne est la saison des pommes. Cette libido électorale est donc logique, n’ayez crainte!

Outre la pomme d’Adam et les pommes d’or du jardin des Hespérides, il existe plusieurs variétés de pommes. Des sucrées, des acidulées, des juteuses, des sûres, des molles et des croquantes. Y a même des pommes pourrites!

Il faut donc choisir avec soin la pomme idéale. Mais il faut surtout éviter de tomber sur une pomme de route! Ouache.

Han, Madame?