Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

Autant l’accident tragique d’autocar qui a décimé la moitié de l’équipe des Broncos de Humboldt est horrible et sans commune mesure, autant il faudrait se garder une petite gêne de l’utiliser comme prétexte de changer profondément les conditions de transport dans le milieu du sport de développement.

Car, à moins d’avoir inventé cette semaine la téléportation et nous plonger dans l’univers de Star Trek, les longs périples en autobus seront encore et pour longtemps nécessaires et imparables. Avec les risques inhérents également.

Le transport de groupe en autobus demeure encore un moyen très sécuritaire pour aller d’un point A à un point B, d’un aréna à un autre. On ne compte plus les millions de kilomètres parcourus en une saison par des centaines d’équipes à travers le pays, sans que ne survienne un incident, afin de permettre à nos jeunes de pratiquer le sport qu’ils aiment.

En début de semaine, un journaliste de La Tribune de Sherbrooke a lancé un pavé dans la marre quand il a indiqué que le Titan d’Acadie-Bathurst avait refusé, pour des raisons financières, la formule 2-3-2 dans sa série quarts de finale contre le Phoenix de Sherbrooke. Ce qui est vrai en partie.

Mais il a malheureusement utilisé la tragédie de Humboldt pour prétendre que l’on faisait courir des risques inutiles aux joueurs et pour remettre en question la règle des 800 km de distance entre deux villes – Bathurst et Sherbrooke sont séparées de 785 km – afin de changer la formule.

L’idée à la base est louable. L’associer à la tragédie de Humboldt est cependant maladroit, sinon de très mauvaise foi.

Certes, la LHJMQ couvre un très vaste territoire et les longs périples en autobus, dans des conditions hivernales souvent changeantes et de nuit, sont impossibles à éviter. Bien entendu, le circuit Courteau pourrait modifier certaines règles, à commencer par le nombre d’équipes qualifiées aux éliminatoires. Quand on utilise un calendrier de 68 matchs étalé sur sept mois d’hiver pour éliminer seulement deux des 18 clubs, c’est comme mettre le feu à une maison pour en chasser les mouches.

Quant à la formule 2-3-2, elle est perverse. Pendant toute la saison, les meilleures formations se battent notamment pour obtenir l’avantage de la patinoire. C’est une question de hockey, mais c’en est une aussi financière. Mais là, le meilleur club se trouve désavantagé dans une perspective de cinq matchs, où il aura à en jouer trois à l’extérieur.

Par exemple, l’Armada de Blainville-Boisbriand, dans sa confrontation face aux Wildcats de Moncton, perd donc ce pour quoi il s’est battu toute la saison. C’est un non-sens. C’était dans le droit du DG du Titan, Sylvain Couturier, de refuser la requête du Phoenix. Et il l’a fait avant ce qui s’est passé à Humboldt, doit-on le préciser.

Nous pouvons nous asseoir et réviser les politiques des voyages en autobus de nos équipes sportives afin de les rendre encore plus sécuritaires. Personne n’est contre la vertu, mais comment y arriver, quand un circuit couvre quatre provinces? Devrait-on utiliser la tragédie des Broncos de Humboldt pour jeter le bébé avec l’eau du bain? Non. Au grand jamais.