Kateri Tekakwitha, icône de «Vérité et Réconcilliation»

Serge ComeauChroniques

Pendant la semaine sainte, une nouvelle a laissé perplexe nombre de Canadiens: le pape ne peut répondre personnellement à la demande de la commission «Vérité et Réconciliation». La commission avait demandé au pape de s’excuser pour le traitement des autochtones dans les écoles résidentielles. Qu’est-ce que cela signifie?

C’est le président de la Conférence des Évêques du Canada qui en a fait l’annonce. Il a réitéré les efforts faits par les diocèses pour guérir les blessures du passé. Il a rappelé les nombreuses excuses faites par des évêques et des supérieurs de communautés religieuses. Il a enjoint ses confrères à poursuivre le travail de guérison et de réconciliation. Une visite du pape au pays n’est pas écartée et comprendrait une rencontre avec les autochtones.

Mais pour les excuses du pape, il faudra attendre. Des arguments théologiques ont été apportés. Contrairement à d’autres églises chrétiennes nationales, l’Église catholique a un fonctionnement différent. Le pape (l’évêque de Rome) ne peut être tenu responsable du fonctionnement ecclésial dans les diocèses du monde. Il préside à la charité entre les catholiques et fait le pont entre les diocèses (d’où son titre de pontife). Or, cet argument ecclésiologique est difficilement compréhensible pour plusieurs.

Il y a aussi des raisons politiques, me semble-t-il, au report de ces excuses. Les Acadiens peuvent comprendre cela. Vous vous rappelez les difficultés d’obtenir des excuses de la part de la couronne britannique pour les torts subis lors de la déportation de 1755? Ces excuses ne sont pas venues. Au plus, il y a eu en 2003 la «reconnaissance» du drame humain de la déportation, mais sans excuses formelles. Dans un contexte politique, les excuses peuvent ouvrir une digue difficile à colmater; dans le torrent, plusieurs succombent.

Sur son fil d’actualité, le cardinal Lacroix a écrit des mots rassurants. Il a accueilli et s’est montré compréhensif face à la déception de plusieurs au fait que le pape ne réponde pas personnellement à la demande de la commission «Vérité et Réconciliation». Pour lui, cela ne ferme pas du tout la porte à une prise de parole éventuelle du pape à nos frères et sœurs des Premiers Peuples. Parlant du pape il écrit:

«Laissons-lui discerner le moment.

Laissons-lui discerner les mots et les gestes.

Il saura toujours nous surprendre.»

+  + +

Depuis longtemps, il y a une solidarité effective entre l’Église et les peuples autochtones. L’Église en a «monter certains sur les autels». On peut penser à ce jeune autochtone mexicain qui reçut l’apparition de la Vierge sur la colline de Tepeyac en banlieue de Mexico.

Converti au catholicisme, Juan Diego se rendait à la messe lorsqu’il vit une grande lumière dans le ciel ce matin du 9 décembre 1531. La Vierge lui demanda d’intercéder auprès de l’évêque pour faire construire en ce lieu un sanctuaire qui serait une source de bienfaits et de grâces pour les pèlerins.

L’évêque ne crut pas Juan et demanda une preuve. Le 12 décembre, la Vierge lui apparut à nouveau. Elle le mena sur la montagne et lui demanda de cueillir des roses (en hiver!) qu’il déposa dans son manteau. Arrivé à l’évêché, il ouvrit sa mante et les fleurs, tombant sur le plancher, laissèrent transparaître l’image de Notre-Dame.

Cette image de Marie est devenue l’icône de Notre-Dame-des-Amériques. Elle a été déposée dans le sanctuaire mexicain qui a été construit et vers lequel continue d’affluer des millions de pèlerins chaque année. Juan Diego a été canonisé en 2002 et est fêté le 9 décembre.

+  + +

Une sainte autochtone est encore plus proche de nous: Kateri Tekakwitha. Cette jeune algonquine, orpheline dès l’âge de 4 ans, a grandi dans un environnement hostile à la foi chrétienne dans l’État de New York. Évangélisée par des missionnaires jésuites au 17e siècle, elle reçut le baptême et mena une vie de prière intense. Refusant le mariage, elle fit le vœu de rester uni à son seul et unique Maître.

Objet de moquerie, elle déménagea à Kahnawake pour vivre en harmonie avec les autres. Elle faisait le catéchisme aux enfants, participait souvent à l’eucharistie, visitait les malades. Sa vie fut courte: elle mourut de tuberculose à l’âge de 24 ans laissant derrière elle un parfum de sainteté.

De sa vie, je retiens qu’elle n’a jamais nié la vérité qui s’était imposée à elle. Au milieu de ses frères et sœurs autochtones, elle a misé sur la réconciliation entre ses racines mohawks et la foi chrétienne. Canonisée en 2012, Kateri est reconnue comme une «protectrice du Canada». Dans l’Église, elle sera fêtée mardi prochain (17 avril). À la lumière de son témoignage, nous pouvons marcher le chemin de vérité et de réconciliation qu’elle a ouvert pour nous.