L’éveil des sens

Mélanie CôtéChroniques

«Il y a des pluies de printemps délicieuses où le ciel a l’air de pleurer de joie.» – Paul-Jean Toulet

Le printemps s’en vient! Oui, je sais que, astronomiquement, l’équinoxe du printemps est arrivé le 20 mars à 13h15min27s. On me l’a raconté. Mais, je n’ai pas vu de brins d’herbe. Le son de craquements de glace n’est pas parvenu à mes oreilles. Je n’ai pas agrippé le guidon de mon vélo. Je n’ai pas goûté aux feuilles de pissenlits. L’arôme du printemps, cet arôme qui m’envoûte, n’a pas envahi les rues. Enfin, je n’ai pas eu conscience du printemps en moi: ce renouvellement, cette renaissance, cet éveil, cette célébration n’a pas encore pris forme. J’ai hâte.

La nostalgie des sens

Permettez-moi, je vous prie, de devenir nostalgique. Voici certains moments printaniers «ordinaires» de mon enfance que je me remémore:

  • Je vois les enfants du quartier dehors; quel que soit notre âge, notre sexe, notre langue ou notre origine, le printemps nous unit.
  • J’empoigne le bout d’une longue corde à sauter, comme si la vie de ceux qui sautent en dépend.
  • Je savoure les trèfles que nous cueillons – même s’ils n’ont que trois feuilles.
  • Je sens l’odeur fraîche de boue sur l’ourlet de mon pantalon troué.
  • J’entends: «Venez souper!» et «Suppertime!» ici et là; toutefois, nous ignorons ces annonces, car nous nous concentrons sur jouer, sans fin, sans faim.
  • Je ressens une grande réjouissance, remplie de simplicité et de liberté: c’est l’heure des retrouvailles avec moi-même, avec mon voisinage et avec la nature.
  • Comme tous les enfants, mes sens sont aiguisés et je maîtrise l’art d’être dans l’instant présent. Je ne suis pas prisonnière du temps. C’est la paix.

La beauté de l’instant présent

Lorsque nos sens sont éveillés, nous sommes continuellement émerveillés par les petites choses qui nous entourent. En percevant la magie du quotidien – le calme de l’aurore, un dessin que forment les nuages, un tronc d’arbre tordu, une personne que nous rencontrons –, nous baignons dans la beauté et la gratitude.

Eckhart Tolle, un grand auteur sur l’instant présent, décrit bien la lucidité, le vide mental et la présence totale qui ont lieu lorsque nous sommes réellement dans l’instant. En ces instants, nous plaçons le passé, l’avenir et nos connaissances de côté; ainsi, nous avons conscience de la beauté et de la majesté qui nous entourent.

«Au-delà de la beauté des formes extérieures, il y a plus. Il y a quelque chose d’indéfinissable qui n’a pas de nom. Il y a une essence intérieure, profonde et sacrée. Là où il y a de la beauté, cette essence transparaît d’une façon ou d’une autre. Elle ne vous est révélée que si vous êtes présent.»1

Soyons sensibles aux merveilles de cette saison!

J’invite respectueusement vos partages et questions.

Défi de la semaine

Affinez vos six sens. Réjouissez-vous des détails que vous avez tendance à ignorer. Retenez ces sensations et sentez la vie qui vous imprègne.

1Tolle, E. (2000). Le pouvoir du moment présent. Outremont (Qc): Ariane Éditions, p.62.