Au fil des maux et des mots

Vous savez, il est presque gênant de parler de littérature. Il semble qu’il y ait toujours des sujets plus préoccupants, plus «réalistes», plus urgents à aborder sur la place publique. Ces enfants en lutte avec leur identité de genre, par exemple. J’y reviendrai.

Pour le moment, reprenons le fil de La peau de chagrin de Balzac. Hélas, je ne me suis pas rendue beaucoup plus loin que la première fois, il y a un an ou deux. Je n’en pouvais déjà plus après une cinquantaine de pages (sur 330, avec énormément de notes de bas de page, que je ne peux m’empêcher de lire non plus). Heureusement, on n’enrichit pas sa culture sans sacrifice, alors tant pis pour La peau de chagrin, je passe au suivant: Le ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Duras.

C’est vrai qu’il y a de la beauté et de la grandeur dans la nature, comme le soulignait récemment le prêtre-chroniqueur (un évangéliste, au sens original du terme) Serge Comeau. Un seul arbre est sûrement une magnificence. Mais moi, je peine à comprendre une plante d’intérieur – a-t-elle soif? chaud? trop de lumière? pas assez? trop de télé? pas assez de musique? – alors vous devinerez que je ne cours pas en forêt sympathiser avec les arbres.

Ce pourrait être une description de cette Lol V. Stein de Duras: une plante d’intérieur que l’on n’arrive pas à comprendre. Avoir eu beaucoup de temps devant moi, j’en aurais immédiatement recommencé la lecture. Par défaut, je suis plutôt allée googler un compte-rendu, une interprétation de ce livre. En surfant, j’apprends que le grand Lacan lui-même avait téléphoné à Duras (c’était en 1964) pour s’inviter à venir lui parler de son livre, ce qu’il fit intensément pendant deux heures. Emblématique, n’est-ce pas?

Au début de ma lecture du Ravissement de Lol V. Stein, je voulais que le récit abonde du côté d’Anne-Marie Stretter, autre personnage du livre. Mais non, cela ne se pouvait pas. Duras va où elle va. La littérature n’est pas un placage, elle est une voie.