Avez-vous écouté l’émission Tout le monde en parle du 8 avril? Si oui, vous avez sûrement entendu les propos très intéressants de Bernard Lavallé (alias le nutritionniste urbain), nutritionniste et auteur du livre «N’avalez pas tout ce qu’on vous dit».

Si vous l’avez manqué, il nous a expliqué ce qu’est le nutritionnisme et la façon dont l’industrie agroalimentaire s’en sert pour vendre leurs produits. Un sujet très intéressant que je partagerai avec vous aujourd’hui. Si vous désirez pousser vos connaissances un peu plus loin, je vous invite à vous procurer son livre très informatif.

Qu’est-ce que le nutritionnisme?

En gros, le nutritionnisme est une vision très réductrice de l’alimentation qui s’intéresse principalement aux nutriments contenus dans les aliments. En d’autres mots, on s’intéresse davantage aux nutriments qu’aux aliments eux-mêmes.

À la base, le nutritionnisme avait de bonnes intentions, celles d’informer le consommateur sur la présence ou non d’un nutriment donné. Sauf qu’avec les décennies, l’industrie agroalimentaire s’est quelque peu emparée de ce terme. Bien qu’il soit intéressant pour le consommateur – voir même essentiel dans certains cas – de connaître le contenu en nutriments d’un aliment/produit, cette façon réductrice de voir le contenu de notre assiette n’est pas sans conséquence. En effet, lorsque l’on donne toute l’attention qu’à un seul et unique nutriment, on oublie malheureusement d’analyser l’aliment dans son entier ainsi que de son impact sur l’organisme une fois en bouche.

Des promesses trompeuses!

Mais pourquoi l’industrie agroalimentaire utilise-t-elle tant le nutritionnisme? Parce que c’est vendeur, tout simplement!

D’une part, nous avons les professionnels de la santé qui recommandent à la population de réduire leur consommation en matières grasses, en sucres ou en sodium et de l’autre, l’industrie agroalimentaire qui répond à ces recommandations en réduisant les quantités de matières grasses, de sucres ou de sodium dans leurs produits. N’est-ce pas là quelque chose de merveilleux? Hum! pas vraiment et voici pourquoi.

N’oublions pas que le but premier de l’industrie, c’est de faire fructifier leur vente et leur profit. Un produit qui affiche «sans gras» ou «sans gluten» sur son emballage, captera l’œil du consommateur en quelques secondes. Et dans l’œil du consommateur, si un produit affiche les mêmes recommandations véhiculées par les professionnels de la santé, c’est qu’il doit être «santé». Ce produit risque donc fortement de se retrouver dans le panier d’épicerie des consommateurs. Victoire pour l’industrie!

Mais attention! N’oublions pas que l’industrie choisit de partager uniquement les informations qui mettent en valeur leur produit. C’est ce qu’on appelle le nutritionnisme et le marketing! Voilà pourquoi une compagnie choisira d’apposer «sans gluten» sur son produit, mais négligera de faire mention qu’il contient des quantités importantes de gras trans, de sodium et de sucres ajoutés, tout en étant complètement dénudés de ses fibres.

Pourquoi choisit-elle de ne pas apposer ces informations juste à côté de la mention «sans gluten»? Parce que ces informations ne sont pas très vendeuses!

On ne mange pas des nutriments, mais des aliments!

Le nutritionnisme a certainement de bons côtés, sauf qu’on ne devrait pas lui donner autant de pouvoir dans notre assiette. S’alimenter uniquement en fonction des nutriments que nous procure un aliment a tout pour faire fondre le plaisir! Prenons deux descriptions d’une soupe aux légumes. Laquelle interpellent le plus vos papilles gustatives:

Pour souper, j’ai cuisiné une soupe qui me procure de la vitamine C, des fibres, des antioxydants et des protéines. Tous ces nutriments me permettront de mettre toutes les chances de mon côté pour combattre la maladie, ou;

Pour souper, j’ai cuisiné la soupe que préparait maman. Son odeur me rappelle tellement de bons souvenirs. Et que dire de ces légumes colorés et croquants et de ce petit goût de paprika fumé? Tout simplement délicieux!

Bien que la première description soit vraie (qui découle du nutritionnisme), la deuxième description (qui découle du plaisir) n’est-elle pas plus appétissante?

À bas le nutritionnisme!

Y arriver n’est pas chose simple, je l’admets! Mais n’oubliez pas que le pouvoir d’achat vous revient. Voici deux moyens efficaces pour limiter l’influence du nutritionnisme et de favoriser le plaisir dans votre assiette.

Mangez moins d’aliments transformés. Sachez que la plupart des messages de «sans ci» ou «d’élever en ça» se retrouvent principalement sur les emballages des produits ultratransformés. Pourquoi? Parce qu’ils ont les moyens de se payer de grosses équipes de marketing, des équipes qui ont comme mission de faire fructifier les ventes.

Cuisinez à partir d’aliments de base: légumes, fruits, grains entiers, légumineuses, noix et graines. Ces catégories d’aliments mises très peu sur le nutritionnisme. Pourquoi? Parce que les producteurs n’en ont pas les moyens! Et rappelez-vous que ce n’est pas parce qu’un produit n’affiche pas de «sans ci» ou «d’élever en ça» qu’il n’est pas nutritif. Bien au contraire!

Alors voilà pour cette semaine. J’espère que cette chronique aura su allumer des petites lumières et égayer votre sens critique.

À la prochaine!