L’oléoduc Trans Mountain

BERNARD THÉRIAULT

Ne mordons pas la main qui nous nourrit! Qu’on l’aime ou pas, Fort McMurray aura été une bouée de sauvetage pour nos régions au cours des dernières années. Précisons d’entrée de jeu que ce projet de l’oléoduc Trans Mountain s’inscrit dans la volonté de l’Alberta de trouver des accès économiquement viables pour transporter le pétrole des sables bitumineux pour l’exporter vers l’Asie et l’ouest américain.

Depuis l’élection l’an dernier d’un gouvernement minoritaire néo-démocrate en Colombie-Britannique, cette province tente par tous les moyens d’empêcher la construction de l’oléoduc, même si il appert que ce soit le gouvernement fédéral qui a le dernier mot dans cette décision. De plus, il appert que les sondages confirment qu’une majorité de Britanno-Colombiens semble maintenant appuyer le projet.

Le premier ministre Trudeau se trouve donc coincé entre deux provinces dont les gouvernements sont fragiles; celui de la Colombie Britannique étant minoritaire et celui de l’Alberta sur le point de se faire montrer la porte par les électeurs. Le premier ministre Trudeau, qui a connu un hiver politiquement difficile, pourrait bien se passer de ce conflit. D’une part, l’Alberta s’est vue refuser la construction d’un autre oléoduc, celui-ci devant se rendre à Saint-Jean surtout en raison de l’opposition du gouvernement du Québec et de l’ex-maire de Montréal, Denis Coderre. Également, malgré un certaine éclaircie depuis l’élection de Donald Trump, rien ne confirme non plus le déblocage de l’oléoduc qui doit se rendre jusqu’au Texas.

Ici au Nouveau-Brunswick, en dépit d’un certain consensus parmi les intervenants économiques de la province, le syndrome de «pas dans ma cour» a contribué à l’échec du projet quand la Ville d’Edmundston s’est opposée à ce que l’oléoduc passe sur son territoire.

La question qui se pose ici est la suivante: une province peut-elle bloquer des projets sur son territoire quand l’intérêt national est menacé? Le Québec, non content d’avoir fait mourir le projet de l’Est, s’est jeté dans la mêlée au nom de l’autonomie des provinces. On a beau dire tout ce que l’on veut et chialer sur la pollution du pétrole de l’Alberta, il n’en demeure pas moins que c’est le seul projet au cours des 10 dernières années qui a réparti sa richesse dans toutes les régions du pays. Il serait hypocrite si, d’une part, les provinces canadiennes encaisseraient – comme elles le font présentement – des milliards de dollars en bénéfices de l’activité dans les sables bitumineux, et, du même coup, refusaient de laisser passer sur son territoire le pétrole de l’Alberta.

Ne nous fermons pas les yeux devant la contribution impressionnante des activités pétrolières de l’Alberta, qui a maintenu une grande partie du Nord et de l’Est du Nouveau-Brunswick debout après la récession de 2008. Devant l’imbroglio provoqué par l’entêtement de la Colombie-Britannique, il convient d’offrir à notre premier ministre canadien notre soutien, car il en va de l’avenir de notre pays. Et ceux qui croient que le gouvernement fédéral aurait pu faire mieux dans la promotion d’Énergie Est n’ont qu’à regarder chez nos voisins du Québec pour trouver les véritables responsables de cet échec.

JEANNOT VOLPÉ

Le manque de leadership de Justin Trudeau va coûter cher, une fois de plus, aux contribuables canadiens. Après avoir fait échouer la construction d’un pipeline de l’Ouest vers les Maritimes, M. Trudeau a bien failli faire aussi échouer le pipeline de l’Alberta vers la Colombie-Britannique.

Ses prises de position nébuleuses et qui changent selon l’endroit où il livre son discours ont créées un climat où les investisseurs privés ont décidé d’arrêter le projet de construction en attente d’engagements fermes. Tout ce cafouillage a créé un climat interprovincial malsain entre l’Alberta et la C.-B., alors que M. Trudeau a mis beaucoup trop de temps à intervenir, trop occupé dans ses nombreux voyages à l’extérieur du Canada. Ce manque de leadership aura aussi des conséquences financières pour les contribuables canadiens qui devront maintenant participer financièrement à la construction d’un pipeline afin de rassurer les investisseurs privés qui, au départ, finançaient totalement le projet.

Plusieurs observateurs ont d’ailleurs remarqué une attitude contrariée et moins joviale de M. Trudeau lorsqu’il a dû, à contrecoeur, changer ses plans de voyage afin de revenir au Canada. Il lui a été demandé d’intervenir afin de trouver une solution à la controverse entre l’Alberta et la C.-B. et passer un message clair et sans équivoque afin que les investisseurs privés dans ce projet soient rassurés. Il est clair que M. Trudeau était à l’extérieur de sa zone de confort et qu’il est beaucoup plus à l’aise dans divers costumes, la dentelle et le théâtre.

Jusqu’ici, il avait réussi à repousser des décisions afin de ne déplaire à personne, sauf que cette attitude déplaît grandement aux investisseurs qui doivent travailler avec des échéanciers, des budgets et des politiques gouvernementales souvent obscures. J’imagine facilement que ses députés et ministres qui préfèrent le savoir à l’extérieur du pays ont compris que cette fois-ci que les enjeux étaient beaucoup trop sérieux pour être ignorés.

Il sera maintenant intéressant de voir comment ceux et celles qui avaient confiance dans les messages d’engagements de réduction des émissions de carbone vont réagir à la décision de M. Trudeau de participer financièrement dans la construction d’un pipeline qui acheminera le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta vers le Pacifique afin d’être exporté.

Dans un autre ordre d’idées, il faudra suivre la position que prendront les élus libéraux en fin de semaine sur une recommandation des membres afin que toutes les drogues soient décriminalisées, pas seulement la marijuana. J’imagine que les criminels suivent de très près les discussions et seront prêts à participer financièrement dans la prochaine campagne électorale.

M. Trudeau devra décider s’il veut garder son titre de premier ministre du CANabis ou aller vers un titre plus prestigieux de parrain du plus grand cartel de drogue au pays.

Un commentaire paru dans l’Acadie Nouvelle cette semaine démontre clairement que la nervosité et la panique commence à se faire sentir au niveau du Parti libéral provincial, les incitant à réagir à mes chroniques.