Un secret de polichinelle

Il y a une semaine environ, alors que je me dorais la pilule au soleil du Mexique, j’ai découvert avec bonheur que la Commission scolaire de langue française de l’Île-du-Prince-Édouard annonçait haut et fort qu’elle allait poursuivre le gouvernement provincial pour sa mauvaise utilisation des fonds que lui verse le gouvernement fédéral pour l’éducation en langue française.

«Enfin!» me suis-je dit, «un groupe qui ose brise le silence qui plane depuis des années sur ce genre de pratique.»

Dans le monde associatif et acadien et dans le monde de l’éducation en français langue première, que ce soit dans notre région ou ailleurs au pays, il s’agit là d’un secret de polichinelle maintenu par peur de se voir pénalisé.

J’en veux pour preuve le dernier budget provincial de Terre-Neuve-et-Labrador. D’un côté, dans le texte du budget, le gouvernement annonce la construction d’une nouvelle école française, dans l’Ouest de la ville, d’ici 5 ans (longtemps après la date des prochaines élections, mais quand même).

De l’autre, en plongeant dans les «Estimés» du budget qui précisent, ministère par ministère et programme par programme, d’où proviennent les fonds et où ils seront dépensés, on est en droit de se poser des questions: aux montants de transferts fédéraux clairement indiqués sur une colonne, ne correspondent pas de dépenses équivalentes pour le conseil scolaire francophone ou les écoles françaises.

En fait, je m’avance à dire qu’il y a un large excédent des transferts sur les dépenses qui, autant que je puisse voir, sert à éponger des déficits ailleurs dans le budget général.

Et c’est exactement ce que souligne la cause à l’île du Prince-Édouard: la province ne consulte pas la communauté au moment de négocier les ententes avec Ottawa, ne les respecte pas une fois signées et, enfin, ne donne pas à la commission scolaire les fonds nécessaires pour offrir une qualité d’enseignement égale aux écoles anglaises.

Tout est dit! Et on ne peut qu’espérer que la menace de cette poursuite réveille brutalement les ministères de l’éducation de nos autres provinces, voire le gouvernement fédéral qui pourrait peut-être veiller à ce que l’argent versé soit dépensé là où il doit l’être.