Les propos de Blaine Higgs sur le bilinguisme dans les années 1980

BERNARD THÉRIAULT

En tentant de faire campagne sur l’image combative de son père, le fils de Jean Gauvin oublie de mentionner que le célèbre ministre n’était plus conservateur quand il a pris sa retraite. Il a quitté ce parti en 1995 devant l’aplatventrisme de son chef qui tentait de séduire des députés coristes, pensant ainsi ravir le statut d’opposition officielle au parti antifrancophone.

Le plus triste dans tout cela c’est que le parti conservateur est actuellement plus près que jamais d’être gouverné par des bigots dont plusieurs d’entre eux expriment ouvertement leur sentiment antifrancophone.

Expliquez-moi donc maintenant qu’est-ce que Robert Gauvin pense pouvoir faire avec cette bande de dinosaures qui font fuir tous les francophones de leur cavernes! Oh que non; le paternel ne serait pas trop heureux!

Devant les révélations plus qu’embarrassantes publiées la semaine dernière au sujet des positions antifrancophones de Blaine Higgs en 1985, les conservateurs ont trimé dur cette semaine pour tenter de détourner l’attention des électeurs devant ce fiasco.

Précisons d’abord que dans ce document, découvert par ce journal, Higgs s’oppose au bilinguisme, prétend qu’il suffirait d’apprendre l’anglais aux unilingues et abolir la loi sur les langues officielles pour régler le problème. Il propose des écoles bilingues et suggère un référendum pour décider du sort du bilinguisme.

Celui-ci se défend en disant qu’il n’avait que 31 ans et que sa réflexion a depuis évolué. Évolué mon œil, on ne change pas de registre idéologique de façon aussi spontané. Seul des ambitions politiques vous font bégayer sur votre passé. C’est très inquiétant, d’autant plus que ce n’est que quelques années passées alors qu’il était chef des conservateurs, il a proposé une seule régie de la santé bilingue et pas de dualité dans le transport des étudiants. Pas rassurant du tout! Ce qu’il faut retenir c’est que les conservateurs ont encore dans leur députation des députés qui n’hésitent pas dans leur circonscription à condamner la dualité. Jake Stewart, le député de Southwest-Miramichi, est ouvertement antifrancophone et personne de l’a jamais remis à sa place.

Le départ de Mado et celui de Paul Robichaud ne font que confirmer le glissement des conservateurs vers des valeurs pas trop progressistes.

Il faut observer avec beaucoup de curiosité comment les conservateurs ont essayé cette semaine d’arrêter l’hémorragie. On a fait appel à des supporteurs pour tenter désespérément de rappeler aux lecteurs que le dossier de l’extra-mural est de loin pire que le passé horrifiant de Higgs. D’abord, dans l’opinion du lecteur, on a vu une militante conservatrice de Shédiac tenter de défendre l’indéfendable en protégeant Higgs. On a vu également un ancien journaliste du Sud-Est qui pense sérieusement que les libéraux sont plus dangereux que les conservateurs sur la question linguistique et finalement, on a pu lire les propos d’un militant conservateur et agent d’assurances à la retraite de Caraquet qui se sent peut-être coupable de n’avoir pu empêcher son parti de fermer l’hôpital en 2004.

Les libéraux de Gallant sont loin d’être parfaits, j’en conviens, mais ils sont des anges à comparer avec la troupe de Higgs.

JEANNOT VOLPÉ

Est-ce que Blaine Higgs aura une couverture impartiale des médias francophones d’ici la prochaine élection provinciale? La semaine dernière, une position présentée par M. Higgs en 1985 fut dévoilée sans tenir compte du contexte et du débat au N.-B. à l’époque. M. Higgs a démontré du leadership et admis que c’était sa position en 1985, mais plus aujourd’hui, contrairement à Brian Gallant qui a toujours transféré la responsabilité de ses décisions sur le dos des fonctionnaires.

Il y avait un débat linguistique très animé durant les années 1970 et un Parti acadien qui préconisait la division de la province. En 1987, quelques anciens candidats du Parti acadien devinrent députés et ministres du gouvernement libéral de Frank McKenna. Est-ce que diviser la province était encore leur but? Je ne crois pas, pas plus que je crois que Blaine Higgs a les mêmes positions qu’en 1985. En 1999, d’anciens CoR ont rejoint l’équipe de Bernard Lord et ont participé et approuvé d’autres améliorations à la Loi sur les langues officielles.

Les progressistes-conservateurs sont ceux qui ont le plus fait pour l’avancement de la Loi sur les langues officielles. Alors pourquoi ces attaques mesquines des médias francophones? Je me souviens que l’ancien premier ministre Louis Robichaud était venu parler à l’assemblée législative à l’invitation de Bernard Lord pour démontrer son appui à des améliorations à la Loi sur les langues officielles du N.-B. Il avait alors dit que ce qu’il avait entamé dans les années 1960 ne se serait jamais concrétisé sans Richard Hatfield, un anglophone unilingue.

Le gouvernement de David Alward, dont Blaine Higgs faisait partie, a aussi fait avancer le dossier des langues. Les libéraux de Brian Gallant ont critiqué ouvertement le travail de la commissaire aux langues officielles qui défendait le droit d’obtenir des services dans les deux langues. Le bilinguisme, c’est une question de respect mutuel. Les positions extrêmes existent des deux cotés.

Le parti CoR a pris naissance durant les années McKenna alors que Maurice Robichaud était aux communications. Créer la division était la façon de se faire réélire au détriment de la population en général, sous un climat nocif aux rapprochements des deux communautés linguistiques au N.-B. Il est évident que M. Gallant, n’ayant rien à offrir et avec le record de la pire économie au pays et le plus haut de taxation sur la population, a maintenant recours aux tactiques de divisions de Maurice Robichaud. Est-ce que les libéraux ainsi que certains médias francophones sont prêts à mettre en péril tout le travail accompli au niveau du rapprochement des deux communautés linguistiques pour des gains politiques?

Je crois que les quelques centaines de millions de dollars que Justin Trudeau a avancés à Radio-Canada ainsi que les quelques dizaines de millions annoncés dernièrement afin d’aider les médias en difficultés financières vont créer un climat médiatique très libéral et M. Higgs aura intérêt à trouver d’autres sources pour passer son message.