Souffrez-vous d’acédie?

Serge ComeauChroniques

Difficile de le savoir quand on ignore ce qu’est l’acédie. Ce n’est pas une maladie physique, mais un mal-être spirituel. Nous pourrions dire une situation de l’esprit accablé par l’ennui, le découragement, la paresse, la démotivation, etc.

Quand on connaît l’importance pour la santé globale du bien-être toutes les composantes de la personne, il est nécessaire de prendre soin de notre spiritualité et de chercher un remède à ses défaillances. L’acédie fait partie des symptômes d’une vie spirituelle qui cherche à se réorienter.

Plusieurs expressions désignent l’acédie: le «goût de l’enfer» selon Isaac de Ninive, le «démon de midi» selon les descriptions monastiques anciennes. La psychologie va parler d’un manque d’enthousiasme. Le catéchisme de l’Église catholique en parle comme d’un état dépressif. Le pape François dit qu’il s’agit d’une «fatigue tendue, pénible, insatisfaisante, paralysante et non acceptée» (EG, no 81-82).

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Les Pères du désert, ces spécialistes de la spiritualité chrétienne des premiers siècles, en parlent beaucoup dans leurs écrits. Évagre le Pontique en parle comme de l’atonie de l’âme. Au départ, on pensait que seuls les moines pouvaient en souffrir. Pour eux, cela signifiait la difficulté à rester fidèle au vœu de stabilité. On pourrait même dire l’impossibilité de rester dans leur chambre pour prier et méditer. Les jours semblaient alors éternels.

L’acédie est un phénomène commun à tous; c’est même un passage nécessaire et le prix à payer parfois pour «rester en forme», spirituellement parlant. Nous pourrions dire que l’acédie, c’est l’impossibilité de trouver sa joie dans la prière ou dans l’engagement chrétien.

C’est comme si l’âme, qui se réjouissait dans la prière ou le service, étouffe désormais. Ce qui apportait tant de consolation est cause de désolation. En ne trouvant plus de joie dans ce qu’il a, le cœur se met à rêver d’une autre manière de vivre, souvent hors d’atteinte. Il peut s’ensuivre des moments de peur, d’impatience (les autres deviennent les boucs émissaires des frustrations) et d’insatisfactions qui se généralisent à toute la vie.

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L’acédie est une étape dans le cheminement spirituel. Elle est normale au milieu de la vie. Anselm Grün dit qu’à ce moment de l’existence, plusieurs étendent au domaine religieux l’esprit de conquête qui permet de réussir dans la vie professionnelle. Or, la vie spirituelle ne grandit pas avec l’accumulation de nouvelles expériences. L’aridité dans la prière peut être perçue comme un avertissement de mettre un terme à la recherche d’expérience et de renoncer au désir de possession pour s’abandonner simplement devant Dieu.

L’acédie est une étape du cheminement. Plusieurs traversent ce passage. Il n’y a pas lieu de s’en inquiéter. Mais il ne faut pas s’y attarder et se complaire dans cet état qui peut devenir paralysant à long terme.

Pour combattre l’acédie, le consentement aux limites de l’existence humaine est primordial. En assumant la responsabilité de notre vie, les imperfections qui sont le lot de tous et l’impossibilité de contrôler son avenir. La persévérance dans une vie de relations et la sagesse de vivre l’inachevé en occupant son corps et son esprit peuvent contribuer à traverser cette période passagère. Devenir maître de soi et se posséder pour mieux se donner, c’est l’œuvre d’une vie. Il est normal que tout ne soit pas accompli ici-bas.