The Rain: la vie dans une Scandinavie décimée

Patrice CôtéChroniques

Les Scandinaves sont les nouveaux maîtres du roman noir. La liste des auteurs à succès issus de cet amoncellement de petits pays nordiques s’allonge chaque année. Dans quelques jours, nous allons découvrir si l’esprit légèrement tordu des Scandinaves est aussi facile à apprécier au petit écran que sur papier.Bien sûr, ce n’est pas la première fois qu’une série issue de ce coin de pays envahit nos écrans.

Par le passé, des émissions comme The Bridge (Suède-Danemark), Border Town (Finlande), The Killing (Danemark), Lilyhammer (Norvège) et Wallander (Suède) ont connu beaucoup de succès.

Ces séries ont toutefois été accueillies positivement dans leur pays respectif avant d’être exportées ailleurs sur la planète – et dans le cas de The Bridge et The Killing, notamment, d’être adaptées à la sauce hollywoodienne.

The Rain (en ligne sur Netflix dès le 4 mai) est toutefois un animal différent.

Peut-être pour la première fois, une série noire scandinave est lancée mondialement. Sur la plate-forme la plus populaire de la planète, de surcroît.

C’est aussi la première série danoise à être produite exclusivement pour Netflix.

Bref, après le succès de Dark (Allemagne) et Le Chalet (France), notamment, la table est mise pour un autre triomphe européen.

The Rain racontera l’histoire de deux adolescents, un frère et une soeur.

Dans une Scandinavie décimée de pratiquement toute forme de vie par un virus, les deux jeunes partiront à la recherche d’un havre de paix, mais surtout, de leur père – qui pourrait connaître ce qui a causé la mystérieuse épidémie.

Jusque là, vous en conviendrez comme moi, rien de bien nouveau. Il doit bien avoir une demi-douzaine de séries qui ont le même synopsis – ou presque – sur Netflix uniquement.

Les idéateurs de la série soulignent toutefois que le thème central de The Rain sera l’espoir.

«En quoi peut-on avoir espoir quand toute forme d’espoir semble vaine», a indiqué le scénariste Jannik Tai Mosholt au magazine Express.

Dans sa description officielle de la série, Netflix soulève également un point fort intéressant: «Dans un monde où les règles régissant la société se sont écroulées, chacun a la liberté d’être qui il veut. Mais même dans un monde apocalyptique, il est difficile d’échapper à son passé.»

Bref, The Rain semble destiné à être une intéressante allégorie sur les choix – et surtout leurs conséquences – qui façonnent une personne lors de son passage à l’adolescence.

Quelques suggestions

Envie d’une bonne série? Voici deux suggestions.

Le chalet (Netflix) – Je suis gravement tombé amoureux de cette série française tout en mystères. Un groupe d’amis d’enfance se retrouve dans une région reculée des Alpes pour le mariage d’un des leurs. Mais un ébouli les coupe du reste du monde. Et les morts non naturelles se multiplient… Voilà une série qui nous fait travailler les méninges (surtout dans le premier épisode, un peu aride). Tout d’abord parce qu’elle se déroule sur trois lignes de temps distinctes. Mais aussi parce qu’elle nous oblige non seulement à réfléchir à qui commet les meurtres, mais pourquoi et comment! La finale, sans être percutante, vous force aussi à réévaluer l’opinion que vous vous étiez forgée de chacun des personnages. À voir absolument. (4,5/5)

Alias Grace (CBC et Netflix) – Une autre adaptation d’un roman de Margaret Atwood. La série raconte l’histoire de Garce Marks, une jeune immigrante irlandaise accusée du meurtre de deux Torontois au 19e siècle. Cette série canadienne n’est pas pour tout le monde. Tout y est ambigu et l’information pertinente est distillée au compte-gouttes. Il s’agit toutefois d’une brillante analogie sur un tas de sujets contemporains (immigration, féminisme, santé mentale, justice). La réalisation de Sarah Polley frôle la perfection et la qualité des images est digne d’un film de Hollywood. Seul bémol: Sarah Gadon est tout simplement trop belle pour être crédible dans le rôle d’une femme qui a passé 15 ans dans une prison des années 1850: pas de ride, pas de cerne, pas de cheveux gris… (4/5)

Critiques élogieuses pour Handsmaid’s Tale

La série la plus attendue de l’année est maintenant en partie disponible sur Hulu. Les deux premiers épisodes de la deuxième saison de The Handmaid’s Tale sont en ligne depuis quelques jours et les premières critiques sont fort élogieuses. Si la première saison était une adaptation du roman culte de la Canadienne Margaret Atwood, la suite sort directement de l’imaginaire du scénariste Bruce Miller. On y suit Offred dans sa découverte de nouveaux territoires et son désir de s’affranchir. «La série n’est jamais moralisante ou hystérique, mais préfère construire une ambiance toujours aussi oppressante», atteste Entertainment Weekly . «The Handmaid’s Tale reste la série la plus méticuleuse et visuellement soignée à la télévision actuellement», écrit de son côté Vulture.

Du cinéma d’auteur sur Amazon

Les abonnés au service Amazon Prime Video ont appris une excellente nouvelle cette semaine: par le biais de différentes ententes et de son service Prime Video Direct, le géant américain enrichit son catalogue de films avec des oeuvres qui ont été en sélection officielle dans différents festivals de cinéma partout sur la planète. L’annonce de cette semaine concerne principalement l’horreur et le fantastique alors que huit films d’auteur ont été mis en ligne. Le plus connu du groupe est le succès critique We Need To Talk About Kevin (2011), qui avait été finaliste à la Palme d’Or au festival de Cannes (et pour lequel, Tilda Swinton avait été en nomination pour le Golden Globe de la meilleure comédienne). Prime Video Direct permet aux cinéastes de diffuser leurs oeuvres sur internet tout en empochant des droits d’auteur, sans passer par un distributeur.

BIENTÔT SUR VOS ÉCRANS

Amazon Video

Orphan Black – saison 5 (12 mai)

Cette série canadienne hors norme fait l’objet d’un véritable culte. Alliant science-fiction et mystère, Orphan Black met en scène la brillante Tatiana Maslany dans le rôle de plusieurs clones. Il s’agit de la saison finale – qui a été présentée sur BBC America à l’été 2017.

Nouveaux films d’intérêts:

A.I. Artificial Intelligence (1er mai), Insomnia (1er mai), la quintologie Rocky (1er mai) et Warrior (5 mai)

Hulu

All Night (11 mai)

Après un gros mois d’avril, Hulu retombe sur Terre en mai avec la mise en ligne d’une seule série originale: All Night. La comédie raconte l’histoire d’un groupe d’adolescents qui, lors d’une fête de graduation, vont tenter d’accomplir tout ce qu’ils avaient rêvé de faire à l’école secondaire.

Nouveaux films d’intérêts:

La quintologie A Nightmare on Elm Street (1er mai), la trilogie The Matrix (1er mai), The Crow (1994) et I Tonya (31 mai)

Netflix

Dear White People (4 mai)

Lancée le printemps dernier, la première saison de cette série satirique – qui condamne le racisme que vivent des étudiants noirs dans une université majoritairement blanche – avait créé une certaine controverse. Les critiques ont tout de même adoré.

Nouveaux films d’intérêts:

Red Dragon (1er mai), Shrek (1er mai), Mamma Mia! (16 mai) et Coco (29 mai)

Le classique du mois

Christopher Nolan est un des meilleurs réalisateurs du moment. Mais le Britannique (The Dark Knight, Inception, Dunkirk) n’a pas toujours eu l’aplomb qu’on lui connaît. C’est ce qu’on peut découvrir dans Insomina (2002), le deuxième film du réalisateur – et probablement le moins connu, malgré une distribution comprenant Al Pacino, Robin Williams et Hilary Swank. L’oeuvre, bien qu’intéressante, manque un peu de subtilité. On sent que Nolan expérimente – sans être totalement à l’aise – avec les fameuses «zones grises» qui feront plus tard sa marque de commerce.

Prochain rendez-vous: le 26 mai