Un coin tranquille: un des meilleurs films d’horreur du millénaire

Patrice CôtéChroniques

Imaginez si le moindre son pouvait vous tuer. C’est le concept qu’explore avec beaucoup d’efficacité et d’originalité le drame d’horreur Un coin tranquille.

Sans trop faire de bruit (pardonnez-moi le jeu de mots facile), Un coin tranquille s’est hissé au rang de film d’horreur culte, mais aussi et surtout, de véritable succès financier.

Depuis sa sortie en salles aux États-Unis il y a un mois, l’oeuvre du réalisateur John Krasinski a en effet réalisé des recettes mondiales de 242 millions $.

Pas mal pour un film dont le budget de production et de marketing était de 17 millions $!

Il faut dire que même avant de devenir le sujet d’un intense bouche-à-oreille, Un coin tranquille était un objet de curiosité.

Il s’agit du premier film majeur de Krasinski. Celui qui est universellement connu pour son rôle de Jim Halpert dans la série The Office tient également le rôle principal.

Ce n’est pas non plus tous les jours qu’une comédienne du calibre et de la réputation d’Emily Blunt (The Girl on the Train) accepte de jouer dans un film d’horreur.

En fait, la petite histoire retiendra que c’est Blunt elle-même qui a demandé à Krasinski  si elle pouvait lui donner la réplique.

Le réalisateur/comédien n’avait pas vraiment le choix d’accepter: Blunt et lui sont mariés depuis bientôt huit ans et sont les parents de deux jeunes enfants!

La Terre attaquée

2020. De mystérieuses créatures indestructibles sèment la désolation sur la planète.

Aveugles, ces êtres venus d’on ne sait où traquent leurs proies grâce à leur ouïe prodigieuse.

Les rares survivants doivent donc éviter de faire le moindre bruit, sous peine d’être évicérés et dévorés vivants.

C’est le cas de la famille Abbott.

Ayant perdu son plus jeune membre aux griffes d’une créature il y un peu plus d’un an, les Abbott vivent leur deuil en silence. Et dans l’angoisse perpétuelle.

Mince consolation à cette triste vie: Evelyn (Blunt) est sur le point d’accoucher.

L’attente du jour heureux tournera toutefois au cauchemar quand une série de malchances attirera les affamées créatures sur la ferme familiale…

Angoissant silence

Il serait exagéré de dire qu’Un coin tranquille réinvente le genre. Après tout, à la fin des années 1970, Jaws et Alien avaient déjà poussé à son maximum le concept de la menace omniprésente d’une créature tueuse.

Ce qui différencie le bébé de Krasinski de toutes les imitations de ces deux chefs-d’oeuvre, c’est que 90% du film se déroule dans le silence le plus complet.

Après avoir passé environ une demi-heure à nous bien faire comprendre (de façon un brin ennuyeuse) le danger que représentent les créatures et les efforts constants que la famille Abbott doit faire pour leur échapper, Un coin tranquille atteint sa vitesse de croisière quand les choses commencent à mal tourner.

On se retrouve donc paralysé sur le bout de notre siège, à observer les créatures errer aveuglément chez les Abbott, presque convaincu que le moindre bruit dans la salle pourrait entraîner un carnage à l’écran.

Et c’est comme ça pendant plus de 40 angoissantes longues minutes!

Des jeunes brillants

Ce qui est aussi intéressant avec Un coin tranquille, c’est que c’est davantage qu’un film d’horreur. C’est aussi une intéressante analogie sur la famille, sur le rôle de ses membres et sur les sacrifices que chacun doit faire pour que l’unité demeure cohérente.

En ce sens, le jeu des jeunes Millicents Simmonds et Noah Jupe est exemplaire.

Simmonds est brillante dans le rôle de l’adolescente sourde et rebelle qui se coupe lentement de sa famille en raison de la culpabilité qu’elle ressent face à la mort de son frère.

Jupe est encore meilleur dans la peau d’un jeune garçon continuellement effrayé.

Il est impressionnant de voir toute la terreur que cet enfant peut exprimer uniquement avec ses yeux.

Bien joué, original et extrêmement angoissant… Un coin tranquille a aisément gagné sa place au palmarès des meilleurs films d’horreur du millénaire.

FICHE TECHNIQUE: UN COIN TRANQUILLE

  • Version originale: A Quiet Place
  • Genre: horreur/science-fiction
  • Budget: 17 millions $
  • Durée: 90 minutes
  • Une production des studios: Platinum Dunes et Sunday Night
  • Réalisateur: John Krasinski
  • Scénario: Bryan Woods et Scott Beck
  • Avec: John Krasinski, Emily Blunt et Millicent Simmonds
  • Partage l’ADN de: Signs (2002), Take Shelter (2011), Lights Out (2016) et 10 Cloverfield Lane (2016)
  • On aime: l’angoissant troisième acte et le jeu des enfants
  • On aime moins: les quelques incongruïtés du scénario et l’un peu longue première demi-heure
  • ÉVALUATION (sur 5)
    • Scénario:   4
    • Qualités visuelles:      4
    • Jeu des comédiens:      4
    • Originalité:    4
    • Divertissement:     4
    • Total: 20 sur 25