Des éloizes au Madawaska (bis)

Samedi , au Madawaska, il ventait à écorner les bœufs. En tant que taureau, ça m’affecte! Évidemment, c’était une mise en scène du ciel pour nous mettre dans l’ambiance du Gala des Éloizes. Et ce fut un succès!

C’est donc avec mon front de bœuf écorné que je rédige cette chronique. Elle sera tout en velours. Vous voilà prévenus, aimables lecteurs zé lectrices z’aimées.

Tout d’abord, il faisait bon revoir mon pays natal. Revoir et sentir, devrais-je dire. Aaaah, l’odeur du moulin! Ça donne de l’ouvrage au monde, ai-je souvent entendu depuis ma jeunesse. Oui, c’est vrai.

Mais je me suis toujours demandé si ça pouvait aussi en rendre d’autres malades. Le saura-t-on jamais?

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En littérature, cette odeur sulfureuse est associée à l’enfer. Alors, on peut dire que si les bourrasques du ciel étaient une mise en scène pour le Gala, c’est l’enfer qui s’occupait de la boucane!

Parlant de ciel et d’enfer, je tenais beaucoup à me rendre à la cathédrale Immaculée-Conception, un écrin de marbres précieux en plein mitan du bois. Je voulais voir et toucher, enfin, la statue de Mgr Conway. Car, comme plusieurs Madawaskayens, j’ai une grande dévotion envers lui. Yéé!

Synchronicité de ma petite histoire personnelle, pendant mon séjour j’ai aussi pu me recueillir dans la chambre où est décédé Mgr Conway. Et plus tard, chez un ami, j’ai pris un délicieux repas dans l’ancienne vaisselle de Monseigneur!

Coudon, quand le ciel t’inonde de clins d’œil, tu remercies… Mgr Conway, jouqué tout là-haut!

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À la cathédrale toujours, dans le cadre des festivités des Éloizes, on présentait, vendredi soir, un spectacle dont je ne suis pas certain de pouvoir dire tout le bien qu’on souhaiterait, tant il m’a court-circuité.

On l’annonçait comme un spectacle son et lumière au cours duquel on verrait «la voûte de la cathédrale s’élever jusqu’au paradis».

Euh… non.

Pour le son et la lumière, on repassera. Et ce n’est pas la faute des artisans, je le précise: c’était une affaire de disponibilité d’équipement adéquat. Donc, pas d’offense.

Les numéros du spectacle étaient inégaux: du beau, du bon, de l’excellent, entrecoupés de lectures de poésie trop intimistes pour la vastitude du lieu, surtout quand on entend à peine les poètes dans le noir, le tout parsemé de flashes surréalistes aux accents gauchement provocateurs – intéressants, certes, mais particulièrement détonants dans un tel lieu.

Évidemment, ce n’est pas le talent des artistes que je questionne, c’est l’idéation du spectacle. C’était trop abstrait, trop conceptuel, trop décousu. J’ai rien compris! Certes, en matière de goût je peux me tromper. Mais je sais ce que j’aime et ce que je n’aime pas. Et j’aime comprendre, entre autres.

Bref, épuisé d’essayer de trouver ça beau, je suis sorti juste avant le dernier numéro et j’ai raté le Hallelujah de Leonard Cohen chanté par Charles Kilfoil. On m’a dit qu’il a été sublime. J’ai manqué le meilleur! Zut.

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Finalement, le Gala des Éloizes. Tenu samedi soir au centre communautaire Jean-Daigle, un bel ensemble architectural que je n’appellerai plus «aréna», parce qu’il mérite mieux que ça. Je l’ai d’ailleurs solennellement promis au maire Cyrille 1er.

Je suis impressionné de voir à quel point la ville d’Edmundston a toujours consacré beaucoup d’énergie et d’argent à créer des infrastructures sportives qui en imposent.

Pour les arts, c’est généralement plus modeste: l’argent disponible fond à vue d’œil et les édifices ont des tailles de guêpe. Croyez-le ou non: ça dit quelque chose. De même que le fait que les gradins n’étaient pas remplis au Gala.

Bon, puisque les artistes vivent d’amour et d’eau fraîche, on n’a pas à s’inquiéter: de l’amour, il y en a beaucoup au Madawaska; et de l’eau fraîche, encore plus! Et à voir le talent artistique qui s’exprime dans ce coin de pays, on saisit que la modestie des moyens n’interdit pas la grandeur des aspirations!

L’essentiel, c’est que tout le monde soit heureux!

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Pour la première fois, le Gala était retransmis à Radio-Canada. J’imagine l’étonnement du reste du Canada découvrant à la télé que la vie culturelle francophone ne se limite pas au Québec, mais qu’elle vibre aussi en Acadie atlantique! Syncopes à prévoir.

Donc, la Soirée des Éloizes: très beau spectacle! J’ai tout aimé!

Je lance illico cent livres de confettis à Matthieu Girard qui a brillé à l’animation par son aisance et son audace! De l’humour comme je l’aime! Bravo! Bravo! Bravo!

Je répands aussi une pluie de confettis aux artistes sur scène: l’étonnant Jason Guerrette, la radieuse Amélie Hall, le fringant Philippe Garon, le classique Michel Cardin, la vibrante Sylvie Martin, le drôle de Menoncle Jason, et l’inventif Joseph Edgar.

Ah! oui, j’ajoute une poignée de confettis à Arthur Comeau pour son swag hip-hop incompréhensible qui a fait turluter le rossignol folklorique que je suis!

Finalement, des confettis pour tout le monde! J’arrête de les nommer, je vais manquer d’adjectifs!

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Évidemment, je n’oublie ni les finalistes ni les lauréats et lauréates. Ce sont des bons artistes qu’on honorait, et ils méritent ces honneurs. Tout comme Georges Goguen qui recevait le prix Hommage de la communauté acadienne.

Sans les artistes qui labourent et fertilisent l’humus culturel des peuples, il n’y en aurait pas de peuples. Répandez la nouvelle.

J’ai également apprécié qu’on ait la politesse de reconnaître l’apport de la Brayonnie, en la nommant et en la faisant chanter, et qu’on souligne l’engagement de la Première Nation Malécite du Madawaska. Vive Malobianah!

Et j’ai trouvé intelligent que l’on associe les talents émergents du Madawaska à plusieurs de ces spectacles. C’est comme ça qu’on favorise le développement des compétences et le rayonnement culturel.

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Ouf! J’en félicite du monde aujourd’hui! Encore un miracle de Mgr Conway!

Et des miracles, il y en aura d’autres, n’ayez crainte. Bien que cette fête des artistes et de leurs admirateurs soit terminée, ses effets auront un impact durable au Madawaska. Même mon journal cherche un journaliste pour la région!

Non, le Madawaska n’a pas dit son dernier mot!

Han, Madame?